Port-au-Prince, 19 juin 2026-Dans un pays miné par l’insécurité et la crise politique, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a fait un pas inhabituel le 17 juin 2026. Il a reçu des représentants du secteur vodou pour une séance de dialogue centrée sur la paix, la sécurité et la réconciliation nationale. L’exécutif assume vouloir s’appuyer sur « l’influence des pratiquants » pour renforcer la stabilité.
Selon un communiqué de la Primature, cette rencontre s’inscrit dans une série de consultations avec toutes les composantes de la société haïtienne. L’objectif est triple : renforcer l’unité nationale, favoriser un climat de stabilité durable et « créer les conditions nécessaires à l’organisation d’élections jugées crédibles, inclusives et sécurisées ». À deux mois d’un scrutin à haut risque, le gouvernement cherche des relais au-delà des partis et des institutions.
Les échanges ont d’abord porté sur l’urgence sécuritaire. Les participants ont réaffirmé la nécessité de rétablir la sécurité « sur l’ensemble du territoire national ». Pour y parvenir, ils ont insisté sur trois axes : renforcer progressivement les capacités des forces de l’ordre, améliorer la coordination entre les institutions de sécurité et mobiliser l’ensemble des ressources de l’État. Un constat partagé alors que les gangs contrôlent encore 80% de la capitale.
Au-delà du volet sécuritaire, le gouvernement et les représentants vodou ont mis en avant la dimension sociale de la crise. Les discussions ont souligné « l’importance d’un dialogue ouvert et inclusif entre tous les secteurs ». La reconstruction du tissu social, selon le communiqué, passe par une approche fondée sur la cohésion, la justice et la réconciliation nationale, avec une « attention particulière accordée aux victimes des violences et de l’instabilité ».
Le secteur vodou, religion pratiquée par une large partie de la population, s’est engagé à jouer sa partition. Ses représentants ont « renouvelé leur engagement à accompagner les efforts de médiation sociale et de sensibilisation communautaire ». Ils ont exprimé leur volonté de collaborer avec les autres acteurs nationaux pour contribuer à la consolidation de la paix, notamment dans les quartiers populaires où leur influence reste forte.
Cette démarche n’est pas seulement symbolique. À l’issue de la rencontre, les parties ont convenu de la mise en place d’un « mécanisme de suivi et de coordination ». Sa mission : assurer la continuité du dialogue et surtout veiller à la mise en œuvre des recommandations issues des échanges. Le gouvernement veut éviter que la consultation reste lettre morte.
Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits. En s’adressant au vodou, l’exécutif reconnaît le poids des autorités traditionnelles et religieuses dans un État affaibli. Mais l’opposition et une partie de la société civile réclament des actes concrets : reprise des territoires aux gangs, justice pour les victimes, et garanties sur le calendrier électoral. Le dialogue est lancé, le suivi déterminera sa crédibilité.
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