Par le Journal de Montréal: Que cherche à obtenir Donald Trump du Canada avec ses menaces de nous annexer par la force économique? Il peut être difficile d’y voir clair. Justin Trudeau a admis qu’en habile négociateur, le président cherche d’abord et avant tout à nous déstabiliser avec ses déclarations qui partent dans tous les sens. Mais concrètement, que veut-il de nous? Que cherche-t-il à obtenir comme concession? Rappelons que Joe Biden et les démocrates aussi ne nous ont pas fait de cadeaux au fil des années. Avec Trump, c’est surtout la manière qui est différente, avec ses déclarations incendiaires et ses insultes grotesques qui enfreignent les codes les plus élémentaires de la diplomatie et des relations humaines ordinaires.
La frontière, une excuse payante : Tout a commencé avec des accusations complètement exagérées et à la limite farfelues sur la porosité de notre frontière. Le Canada serait, de l’avis du président, responsable de «l’envahissement» des États-Unis de migrants et de fentanyl, avec le Mexique. Aux dernières nouvelles, ce sont plutôt les Américains qui ont été de mauvais voisins, eux qui ont engendré la crise des migrants au chemin Roxham avec leurs politiques migratoires qui ont fait fuir des centaines de milliers de personnes vers le Nord. Bien sûr, la politique des bras ouverts de Justin Trudeau n’a pas aidé, mais les États-Unis ont mis des années à accepter qu’on renvoie chez eux les migrants qui traversaient vers le Canada avec la renégociation du traité sur les tiers pays sûrs. Le Canada est responsable d’une infime portion des migrants et du fentanyl qui entrent aux États-Unis, ce qui n’est pas le cas pour le Mexique. Alors pourquoi ces accusations envers nous? C’est simple, pour M. Trump, la frontière rime avec immigration, le thème central de sa campagne électorale. La frontière, c’est le cheval de Troie des autres concessions qu’il exigera de nous. Pour preuve, le milliard annoncé par Ottawa en nouvelles mesures de sécurité n’a rien changé. La supposée porosité à la frontière canado-américaine n’est qu’un prétexte qui met la table à ses autres demandes. Et elles seront nombreuses.
Ne touchez pas à Facebook et à Google! Donald Trump dit vouloir travailler pour le petit peuple, mais si on se fie à ses fréquentations, il souhaite surtout travailler pour ses amis milliardaires de la Silicon Valley. Les meilleurs sièges lors de son inauguration étaient réservés à Apple, Google, Amazon et d’autres fleurons de la tech américaine. Des fleurons dont la fiscalité est surveillée de près dans de nombreux pays, dont au Canada. Mais attention, Joe Biden aussi se disait irrité par le fait qu’on veuille imposer des taxes aux géants du numérique sur les profits qu’ils génèrent à l’extérieur des États-Unis. Ottawa a adopté l’an dernier une taxe de 3% sur les géants du numérique. Il est bien possible que Trump mette dans le panier des concessions qu’il cherche à obtenir cette taxe jugée «discriminatoire» par l’administration américaine, en vue de la guerre commerciale qui nous guette.
Miam! Du bon fromage américain! Les agriculteurs forment un important bloc d’électeurs du président Trump. Il ne serait pas étonnant qu’il cherche à nouveau à élargir l’accès à notre marché pour les producteurs américains. Lors de la renégociation de l’ALÉNA en 2018, Trump avait obtenu une brèche de près de 4% au marché canadien, qui est protégé depuis des décennies par le système de gestion de l’offre. Ce système de quotas assure aux producteurs canadiens de laits, d’œufs et de volaille un accès privilégié au marché canadien afin d’éviter que nous soyons inondés par la production américaine. Que Trump revienne à la charge serait la suite logique des choses.
L’Ontario pourrait y goûter! Tuer l’industrie automobile canadienne pour rapatrier toute la production aux États-Unis: tel est le rêve de Donald Trump. Joe Biden a lui aussi joué dans ce film récemment, lorsqu’il a menacé d’imposer des tarifs aux voitures faites au Canada qui ne contenaient pas assez de pièces provenant des États-Unis à son goût. Sur ce front aussi, Trump pourrait revenir à la charge, lui qui a raflé les États qui sont au cœur de la production de voitures, comme le Michigan, lors des élections présidentielles. Mais imposer des tarifs aux importations d’autos canadiennes est plus facile à dire qu’à faire, comme nos usines sont profondément intégrées. Une voiture faite au Canada traverse la frontière six ou sept fois au cours de son assemblage!
Une armée, une grosse armée : Ce n’est pas nouveau, la Maison-Blanche se plaint régulièrement du piètre état de notre défense nationale. Comme à son habitude, Trump va encore plus loin. Cela fait partie de sa tactique de négociation que de demander la lune. C’est ainsi qu’il a demandé la semaine dernière aux alliés occidentaux de l’OTAN de dépenser 5% de leur PIB en défense, au lieu du 2% convenu selon la cible habituelle. Évidemment, les intérêts économiques américains se cachent derrière cette demande, comme les États-Unis sont un des principaux fabricants d’armes au monde. Pour le Canada, cette cible serait carrément irréaliste, comme nous n’avons ni les moyens financiers ni le personnel pour y arriver. Mais bon, c’est la bonne vieille tactique Trump qu’il vaille mieux viser le plus haut possible.
Trump a l’eau à la bouche : Lorsqu’il regarde le Canada, Trump y voit un gros robinet d’eau douce. Certains États américains, dont la Californie, vivent d’intenses pénuries d’eau qui ne vont que s’intensifier au fil des décennies. En septembre dernier, Trump a laissé entendre qu’il suffirait de détourner l’eau qui coule au nord en Colombie-Britannique pour soulager les sécheresses au sud. Comment s’y prendrait-il, au juste? Difficile à dire, mais une chose est sûre, il pense dangereusement souvent à nous depuis un certain temps.
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