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Haïti : bras de fer autour du décret électoral, les partis saisissent la CARICOM

Plusieurs formations politiques accusent le gouvernement de s’arroger les prérogatives du Conseil Électoral Provisoire et invoquent l’article 191 de la Constitution pour contester la publication unilatérale du texte. La scène politique haïtienne se crispe à l’approche des échéances électorales de 2026. Mardi dernier, une délégation de partis et d’organisations politiques a rencontré à Port-au-Prince le Groupe des Éminentes Personnalités de la CARICOM pour dénoncer la publication unilatérale du décret électoral par l’exécutif. La rencontre, organisée à l’initiative de la mission caribéenne, visait à prendre le pouls des acteurs locaux sur un processus jugé déjà bancal.

Au centre des griefs : l’implication directe du gouvernement dans l’élaboration du cadre légal du scrutin. Pour les signataires, l’exécutif actuel trahit sa mission première. Son rôle, insistent-ils, devrait se limiter à rétablir la sécurité afin de permettre des élections libres, honnêtes et inclusives. En s’immisçant dans la rédaction du décret, il outrepasserait son mandat et minerait d’avance la confiance dans le vote.

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L’argument juridique est net. Les partis s’appuient sur l’article 191 de la Constitution qui confie au Conseil Électoral Provisoire la gestion et la direction des opérations électorales, en toute indépendance. À leurs yeux, seul le CEP est habilité à élaborer le décret électoral. Cette indépendance n’est pas négociable, affirment-ils, car elle conditionne la légitimité des résultats.

Parmi les signataires figurent des formations signataires du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections conclu avec le Premier ministre. L’ancien Premier ministre Jean Michel Lapin, représentant de Nouvelle orientation, a dénoncé des agissements « inacceptables et anticonstitutionnels » vis-à-vis du CEP. Il a indiqué que les émissaires de la CARICOM cherchaient à cerner précisément les inquiétudes du terrain.

Me André Michel, présent à la réunion, a durci le ton. Il reproche au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé de ne pas avoir tenu ses engagements. Alors que des élections étaient promises pour 2026, aucune mesure concrète n’aurait été lancée six mois après le début de l’année. « Le gouvernement a roulé dans la farine la communauté internationale et les acteurs locaux », a-t-il lancé.

La CARICOM suit le dossier depuis plusieurs mois. Son Groupe des Éminentes Personnalités, composé de trois anciens Premiers ministres, multiplie les échanges virtuels avec le gouvernement, les partis et la société civile. Une mission sur place prévue du 2 au 8 juin avait été reportée à la demande d’Haïti pour conflit de calendrier. Le groupe veut désormais organiser cette visite dès que possible.

Dans une déclaration jeudi, la CARICOM a réaffirmé son intention de se rendre en Haïti pour des rencontres en personne avec l’ensemble des parties prenantes. L’objectif : affiner sa compréhension de la crise et pousser les acteurs haïtiens à trouver un compromis entre eux. L’issue de ces consultations pourrait peser sur l’accompagnement régional du retour à l’ordre constitutionnel.

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