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Éditorial

Sanctionné par le Canada pour financement des gangs armés, Jean Henry Céant demande à la Population de soutenir le Regroupement "Viktwa"

C'est une scène qui résume à elle seule la déconnexion totale d'une partie de la classe politique haïtienne. Samedi 29 août, au Cap-Haïtien, devant quelques dizaines de personnes réunies sous la bannière du "Regroupement Viktwa", l'équipe au pouvoir a lancé sa campagne pour les hypothétiques élections du 13 décembre. À la tribune, un orateur que personne n'attendait : Jean Henry Céant, ancien Premier Ministre sous Jovenel Moïse, qui demande à la population de soutenir "Viktwa".

La question est immédiate : pour la continuité de quoi ? Pour la continuité de l'insécurité qui a chassé des familles de Cité Choun, de Pouplard et de Nazon ? Pour la continuité des routes nationales bloquées, des massacres qui se multiplient, du chômage qui explose et des promesses jamais tenues ? Venir demander un soutien populaire quand le pays est à genoux relève plus de la provocation que de la politique.

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Mais qui est vraiment Jean Henry Céant pour donner une direction à la population ? C'est l'homme que le gouvernement canadien a sanctionné le 20 novembre 2022 pour, selon les termes officiels du Règlement sur les mesures économiques spéciales visant Haïti, "son soutien financier aux gangs en Haïti". Une sanction confirmée par l'ambassadeur canadien Sébastien Carrière et soutenue publiquement par le Département d'État américain. C'est l'homme que la Sogebank et la Sogecarte ont dû bannir de leur système, fermant ses comptes et ses cartes de crédit. Comment un homme accusé d'avoir financé ceux qui ont mis Haïti à feu et à sang peut-il aujourd'hui se présenter comme une solution ?

Son passif est un véritable boulet pour le pays. De 2013 à 2014, son nom reste associé, dans la mémoire des plus vulnérables, à la destruction brutale de maisons sous la ville, à Port-au-Prince, au nom d'un prétendu aménagement urbain qui a jeté à la rue des familles qui cherchaient simplement à nourrir leurs enfants. Interrogé ce mardi 2 septembre sur Radio Mega, il a botté en touche : "Je n'étais pas seul, nous étions 11 notaires", sans jamais citer un seul nom.

Son passage à la Primature, du 5 août 2018 à mars 2019, fut un modèle d'instabilité. Nommé par Jovenel Moïse, il a passé plus de temps à manoeuvrer pour faire chuter le président qui l'avait nommé qu'à gouverner. Il est aujourd'hui de notoriété publique qu'il est considéré par beaucoup comme l'un des artisans de la crise politique qui a plongé le pays dans le chaos actuel, chauffant la rue pour renverser un président élu par le peuple.

Aujourd'hui, il revient sous les couleurs du Regroupement Viktwa, qui veut imposer comme président un certain Wilner Joseph, conseiller d'Alix Didier Fils-Aimé, un homme que la population ne connaît même pas et qui, candidat à la députation dans la 3e circonscription de Port-au-Prince en 2015, n'avait récolté que 896 voix, terminant 5e. C'est cela, le projet "Viktwa" ? Recycler des hommes sanctionnés pour financer les gangs et des candidats rejetés par les urnes ?

Il est scandaleux de voir un pouvoir qui ne règle rien - plus de misère, plus d'enfants déscolarisés, plus d'insécurité partout - venir avec Jean Henry Céant pour dire à la population de le soutenir. La population haïtienne a tout subi seule. Elle ne doit plus se laisser dicter sa conduite par ceux qui ont pratiqué le pire. Elle doit donner un carton rouge définitif à ces politiciens aux mains tachées et choisir enfin des hommes et des femmes capables, honnêtes et non sanctionnés par la communauté internationale pour avoir financé sa propre destruction.

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