Le gouvernement de Fils-Aimé vient de franchir un cap dans la déconnexion avec la réalité haïtienne. Alors que le pays s'enfonce dans une crise humanitaire et sécuritaire sans précédent, il s'apprête à verser jusqu'à 780 000 dollars américains à Drake Ventures LLC, la société de Roger Stone, un lobbyiste sulfureux et proche de Donald Trump. Un chèque de 65 000 dollars par mois, puisé dans les caisses d'un État exsangue, pour s'offrir une influence à Washington.
Ce contrat, conclu le 2 septembre par le ministère des Affaires étrangères dirigé par Raina Forbin, est une insulte au peuple haïtien. Avec 195 000 dollars payables chaque trimestre, et un premier versement exigible dès la signature, le gouvernement s'engage à dilapider près de 800 000 dollars en une année. Pendant que les policiers manquent de munitions et de véhicules blindés face aux gangs, pendant que les hôpitaux ferment faute de médicaments, l'exécutif de Fils-Aimé préfère financer le train de vie d'un opérateur politique américain.
Le choix de Roger Stone lui-même est révélateur de l'amateurisme et du cynisme de ce gouvernement. Figure controversée, condamnée puis graciée, connue pour ses méthodes politiques brutales et ses campagnes de désinformation, Stone n'est pas un diplomate, c'est un mercenaire de l'influence. Confier les intérêts d'Haïti à un tel personnage, c'est avouer que le gouvernement n'a plus de doctrine diplomatique, seulement un carnet de chèques pour acheter une proximité avec la Maison-Blanche de Donald Trump.
Le plus grave est l'opacité totale de cet accord. Les documents déposés au titre de la loi FARA ne précisent aucun objectif, aucun interlocuteur visé au Congrès ou dans les agences fédérales, aucune feuille de route. Que va défendre exactement Drake Ventures ? La sécurité ? Les élections ? Les intérêts personnels du pouvoir en place ? Le gouvernement Fils-Aimé refuse de dire aux Haïtiens ce qu'il achète avec leur argent, parce qu'il n'y a rien de concret à défendre, sinon sa propre survie politique.
Cette dépense illustre parfaitement la hiérarchie perverse des priorités du gouvernement Fils-Aimé. Dans un pays où l'insécurité alimentaire explose, où des centaines de milliers de déplacés internes vivent dans des conditions infrahumaines, où l'économie est paralysée par les gangs, le pouvoir trouve 780 000 dollars pour du lobbying. Pas pour des cantines scolaires, pas pour des équipements pour la PNH, pas pour l'aide aux déplacés de Thomassin ou de Carrefour-Feuilles, mais pour payer un lobbyiste à Washington.
On nous parle d'un contrat renouvelable automatiquement jusqu'en 2027. C'est donc potentiellement 1,5 million de dollars que ce gouvernement compte offrir à Drake Ventures si personne ne l'arrête. Une saignée automatique, avec un préavis de 30 jours que personne n'osera donner, tant le pouvoir a besoin d'un parapluie américain pour se maintenir.
Au final, cet accord n'est pas une stratégie diplomatique, c'est un aveu d'échec. Le gouvernement Fils-Aimé, incapable de rétablir la sécurité, de relancer l'économie et de parler au peuple haïtien, cherche à acheter sa légitimité à l'extérieur. Il externalise la souveraineté nationale à une firme privée américaine pendant que le pays s'effondre. C'est une trahison budgétaire, morale et politique.
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