Alors que le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) s’efforce de régulariser des centaines d’enseignants en poste mais non nommés, de graves irrégularités viennent ébranler l’opération.
Dans un communiqué publié le 23 juin, le ministère alerte sur la présence de documents frauduleux dans un nombre important de dossiers soumis : lettres de nomination falsifiées, faux diplômes du baccalauréat, de l’École Normale d’Instituteurs (ENI) ou encore du Centre de Formation pour l’Éducation Fondamentale (CFEF).
Cette vague de falsifications compromet une initiative censée corriger des années d’injustice administrative et intégrer dans la fonction publique des enseignants actifs mais précarisés. En lieu et place d’un assainissement, le ministère fait face à ce qui ressemble à un sabotage interne du processus.
Le MENFP affirme avoir entamé des vérifications rigoureuses en collaboration avec les institutions concernées. Il annonce également des sanctions contre les auteurs et complices de ces actes, ainsi qu’un appel lancé aux plateformes syndicales pour renforcer le filtrage des dossiers transmis. Mais les mesures annoncées suffiront-elles à restaurer la confiance ?
Pour de nombreux observateurs, cette affaire révèle une gangrène systémique : un mélange de clientélisme, de laxisme administratif et d’impunité, qui favorise l’émergence de filières de fraude. Le risque ne se limite pas à l’aspect bureaucratique : ce sont les salles de classe qui en paient le prix.
Car à travers ces irrégularités, c’est toute la qualité de l’enseignement public qui est menacée. Des individus sans qualifications réelles, parfois dépourvus même de baccalauréat, se retrouvent à enseigner à des enfants qui constituent l’avenir du pays. L’éducation de la jeunesse haïtienne se retrouve entre les mains de soi-disant éducateurs, recrutés non sur la base de leurs compétences mais grâce à des manœuvres frauduleuses.
L’État haïtien s’était engagé, à travers cet effort de régularisation, à valoriser les enseignants légitimes, à rendre justice à ceux qui tiennent debout l’école publique malgré l’instabilité. Ce scandale, s’il n’est pas traité avec fermeté et transparence, risque non seulement de décrédibiliser l’ensemble de la réforme, mais aussi d’enraciner davantage la crise de confiance dans l’école haïtienne.
0 Commentaire