Le système carcéral haïtien traverse une crise profonde, alerte la Fondasyon Je Klere (FJKL). Selon l’organisation, les invasions répétées et la fermeture de plusieurs prisons ont réduit drastiquement les capacités d’accueil. Sur les 24 établissements du pays, seuls 14 sont encore opérationnels, entraînant un désordre généralisé au sein de la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP).
Dix prisons, parmi lesquelles la Croix-des-Bouquets, Mirebalais, l’Arcahaie et le pénitencier national, ont été soit détruites, soit désaffectées. Pour pallier ces pertes, des commissariats de Port-au-Prince ou des bâtiments réaménagés, comme à Gonaïves, ont été convertis en lieux de détention, bien qu’ils n’aient jamais été conçus à cet effet. L’organisation souligne que certains prisonniers se retrouvent même dans des espaces « VIP », où ils partagent le même lieu de vie que les surveillants.
La réorganisation forcée provoque une surpopulation alarmante dans les prisons restantes. La prison de Delmas, initialement réservée aux mineurs, accueille désormais des détenus provenant de centres dysfonctionnels, tout comme celle de Petit-Goâve qui compense la fermeture de Carrefour. Selon la FJKL, cette situation accentue la promiscuité et les conditions insalubres, mettant en danger la sécurité des détenus et du personnel.
Les chiffres officiels confirment l’ampleur de la crise : 7 178 personnes sont incarcérées, dont 349 femmes, 234 garçons mineurs et 24 filles mineures. La majorité, soit 5 843 détenus, est en détention préventive prolongée, tandis que seulement 1 335 ont été condamnés. L’organisation rappelle que les normes internationales prévoient 4,50 m² par prisonnier, un seuil loin d’être respecté, certains détenus devant dormir à tour de rôle.
Le manque de personnel aggrave encore la situation. Avec seulement 700 agents pour l’ensemble des prisons, la DAP ne peut respecter le ratio officiel d’un surveillant pour quatre détenus. Dans la réalité, un agent gère souvent plus de dix prisonniers, et certains détenus sont contraints d’assumer des fonctions de gardiens, manipulant les clés des cellules. La FJKL qualifie cette situation de hautement dangereuse.
Enfin, la santé des détenus est gravement menacée. Trois médecins seulement sont affectés aux 18 juridictions, tous concentrés à Port-au-Prince, et plusieurs prisons ne disposent pas d’infirmiers. La malnutrition et l’absence de soins ont déjà causé plus de soixante décès depuis le début de l’année. L’organisation insiste sur l’urgence d’une réforme profonde de la gestion carcérale, dénonçant l’absence de plan concret des autorités pour améliorer les conditions de détention.
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