Le décor est connu. Ce jeudi 17 septembre, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a présidé une "réunion spéciale" du Conseil supérieur de la Police nationale au siège de la DGPNH à Tabarre. À la sortie, un communiqué : le CSPN "engage une nouvelle phase dans la reconquête du territoire national". Une formule martiale, déjà entendue des dizaines de fois depuis trois ans. Sur le fond, que dit ce communiqué ? Que le CSPN a "arrêté les priorités" pour "restaurer l'autorité de la République", qu'il a "examiné les progrès réalisés notamment à Kenscoff et à Gressier" et que le Premier ministre a donné des "instructions fermes" pour "poursuivre et intensifier" les opérations. Aucun bilan chiffré, aucune carte des zones reprises, aucune échéance. Le flou comme stratégie de communication.
Parlons justement de ces "progrès" à Kenscoff et Gressier. La veille, le RNDDH publie un rapport accablant : au moins 164 morts, 71 enlèvements et 23 blessés à Kenscoff en juillet et août seulement. L'organisation dénonce des failles dans le dispositif de sécurité et une population non protégée. La veille encore, Viard 2 était attaquée. Quelle reconquête célèbre-t-on quand la commune qui devait être l'exemple de la reprise en main continue de compter ses morts ?
À Gressier, la situation n'est guère plus reluisante. La commune est toujours coupée, ses habitants déplacés, la route nationale impraticable sans escorte. Annoncer des "progrès" sans permettre aux journalistes, aux humanitaires ou simplement aux citoyens de retourner constater sur place relève plus de la communication politique que du compte-rendu opérationnel.
Le communiqué lie ensuite la sécurité aux élections : le rétablissement de l'ordre serait "préalable indispensable" au scrutin. C'est un truisme. Mais pendant que le CSPN multiplie les réunions, le CEP vient d'accorder une deuxième prolongation aux partis, faute de candidats et d'électeurs inscrits. Seulement 7 candidats à la présidence au 16 septembre, 599 447 électeurs enregistrés sur tout le territoire. Comment organiser des élections générales le 13 décembre quand l'État ne contrôle pas le territoire pour enrôler ?
Cette nouvelle phase ressemble surtout à une tentative de reprendre la main dans l'opinion. Après les scandales de policiers arrêtés pour kidnapping à Pétion-Ville et les critiques sur l'inefficacité de la PNH, le Gouvernement avait besoin d'afficher sa fermeté. Donner des "instructions fermes" depuis une salle de réunion à Tabarre est plus simple que de sécuriser durablement Kenscoff, Gressier ou la plaine du Cul-de-Sac.
En attendant, la population, elle, ne vit pas de communiqués. Elle attend des résultats concrets : des routes rouvertes sans rançon, des maisons qui ne brûlent plus, des déplacés qui peuvent rentrer. Jusqu'à preuve du contraire, la "nouvelle phase" annoncée a surtout un air de déjà-vu.
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