Delmas s’impose aujourd’hui comme un refuge pour des centaines de milliers de personnes fuyant les gangs qui contrôlent les communes avoisinantes. La commune attire également de nombreuses institutions publiques et privées qui cherchent à s’installer dans un environnement plus sécurisé.
À la tête de Delmas depuis 18 ans, le maire Wilson Jeudy insiste sur le rôle essentiel de la construction et de la réhabilitation des routes pour maintenir la mobilité et la sécurité. « Sans ces travaux, la circulation automobile serait pratiquement impossible et la commune aurait pu tomber sous le contrôle des groupes armés », explique-t-il. Pour lui, chaque route asphaltée est le fruit d’un travail acharné et d’une volonté de connecter les quartiers tout en préservant l’autonomie de la commune.
Selon les propos recueillis par Le Nouvelliste, Wilson Jeudy déplore le faible taux de recouvrement des taxes locales : moins de 25 % des habitants s’acquittent de leurs impôts. « C’est incompréhensible. Nous devons trouver une formule pour contraindre les citoyens à s’acquitter de ce devoir. La DGI, de son côté, n’apporte aucune aide, même pour l’État central », déplore-t-il, soulignant le contraste avec d’autres communes où le paiement des taxes est considéré comme un devoir civique.
Malgré ces contraintes, Delmas bénéficie d’une certaine autonomie grâce à une flotte d’équipements municipaux qui permet de réaliser directement des travaux d’entretien et de construction. « Nous avons construit près de 80 ponts avec nos propres ressources », se félicite le maire. Pour lui, le leadership et la vision sont essentiels : « Pour diriger, il faut être un leader. Nous ne devons pas exposer nos misères au monde. Chaque jour, nous travaillons à rendre la commune propre et fonctionnelle. »
L’afflux de personnes déplacées a provoqué une pression démographique sans précédent, avec des embouteillages dans des rues autrefois désertes et une hausse des loyers, particulièrement dans le haut de Delmas et à Pétion-Ville. Plusieurs institutions, dont le bureau de la DGI, le tribunal de paix, l’Office de la Protection du citoyen, le parquet de Port-au-Prince et la cour d’appel, se sont installées dans la commune. Même le bureau du Sénat a récemment trouvé refuge à Delmas.
Pour autant, la mairie ne contrôle pas tous les quartiers. Wilson Jeudy attribue la situation à « la tolérance des citoyens » et à « l’irresponsabilité de l’État ». Selon lui, la crise sécuritaire et sociale actuelle est le fruit de choix de gestion passés et impose aujourd’hui un effort collectif pour redresser le pays. « Nous n’avons plus le même pays, ni la même société. Comment réparer ? Que faire ? », conclut-il, appelant à une mobilisation générale pour sauver Haïti.
0 Commentaire