C'est un rappel à l'ordre qui tombe en plein processus électoral. Vendredi 6 novembre, la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) a officiellement interpellé le Conseil électoral provisoire (CEP). Son président, Rogavil Boiguéné, a écrit à son homologue du CEP, Peterson Pierre-Louis, pour exiger la remise du rapport financier trimestriel sur les dépenses engagées pour les élections en cours.
Derrière cette lettre, il y a une obligation que le CEP ne peut pas ignorer. Le Décret électoral du 5 octobre 2026, qui a révisé celui du 2 juin 2026, lui-même modifié le 2 juillet 2026, est très clair : à la fin de chaque trimestre, et dans un délai de 30 jours, un rapport financier doit être transmis à la fois au ministère de l'Économie et des Finances (MEF) et à la Cour des comptes. C'est l'article 12 alinéa 2 qui l'impose.
Pour la Cour, il ne s'agit pas d'une simple formalité administrative. Elle veut voir clair dans la gestion de l'argent des élections. Avoir ce document, dit-elle, c'est se donner les moyens de faire son travail de contrôle et d'audit, comme la Constitution et la loi le lui permettent, et de suivre de près chaque opération liée au scrutin.
Or, les chiffres en jeu sont énormes et expliquent cette vigilance. Le budget total des élections est fixé à 120 millions de dollars américains, selon les données communiquées par le CEP au MEF avant la dernière révision du calendrier électoral. C'est une enveloppe qui suscite beaucoup d'attentes et de questions dans l'opinion publique.
Sur ce montant, une grande partie est déjà mobilisée. Au 30 septembre 2026, 80 651 000 dollars américains ont déjà été versés au Fonds conjoint / Basket Funds, géré par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). C'est ce qu'a confirmé le MEF dans une note publiée après la sortie du nouveau calendrier.
Il reste donc 39 349 000 dollars américains à financer pour boucler le budget. Le MEF se veut rassurant sur ce point : ce solde est déjà inscrit dans le budget de l'exercice fiscal 2026-2027 et sera débloqué petit à petit, au fur et à mesure des besoins du processus électoral.
Reste maintenant à savoir si le CEP va répondre rapidement à la Cour. Entre l'exigence de transparence de la CSCCA et la gestion d'un budget de 120 millions de dollars, ce dossier devient un test important pour la crédibilité des prochaines élections en Haïti.
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