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Diplomatie

De Fort-Liberté à la Caraïbe : un réseau criminel dirigé par Jean-Charles Moïse, selon l'ONU

C'est l'une des révélations les plus inattendues du Rapport ONU 2026. Dans sa section intitulée "Jean-Charles Moïse, bénéficiaire effectif", le Groupe d'experts de l'ONU s'attaque à un commerce que peu d'Haïtiens connaissent : celui des civelles, ces bébés anguilles transparentes qui valent une fortune sur le marché asiatique. Au paragraphe 153, les experts constatent que ce secteur, peu réglementé, demeure entouré d'opacité et marqué par la corruption.

Pourquoi tant d'opacité ? L'ONU donne la réponse : Haïti n'est pas partie à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et flore sauvages menacées d'extinction (CITES). Résultat : le secteur reste exposé aux activités illicites. Et selon le rapport, ce business juteux est principalement dominé par un seul homme : Jean-Charles Moïse, homme d'affaires originaire du département du Nord, secrétaire général du parti Pitit Dessalines, ancien candidat à la présidence et ancien sénateur du Nord.

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Le cœur du système est décrit au paragraphe 154. Les permis d'exportation de civelles sont délivrés chaque année au début de la saison de pêche, de septembre à mars. Or, selon certaines sources citées par l'ONU, c'est le réseau de M. Moïse qui décide qui sera affecté au bureau chargé de délivrer ces permis. Il exerce une influence politique et économique sur tout le secteur et contrôle l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement, de l'exploitation à la commercialisation.

Cette emprise s'étend jusqu'à l'administration publique. Le rapport affirme que M. Moïse exerce une influence sur le Ministère de l'agriculture, des ressources naturelles et du développement rural, qui délivre les permis, ainsi que sur les agents des douanes chargés du contrôle des exportations, afin qu'ils agissent en sa faveur. Le document précise même que certains de ses anciens associés, à qui il avait refusé des permis, sont devenus ses rivaux.

L'accusation devient plus grave au paragraphe 155. M. Moïse ferait pression sur certains agents des douanes pour qu'ils cèdent à ses demandes de fraude fiscale. Ceux qui refusent sont mutés. Tout refus de céder à ses exigences ou d'accepter ses pots-de-vin entraîne des représailles, comme en témoignent certaines de ses victimes interrogées par l'ONU entre novembre 2025 et mai 2026.

Au-delà de la corruption locale, l'ONU fait le lien avec le crime organisé transnational. Au paragraphe 156, titré "Réseaux de contrebande liés à des organisations criminelles transnationales", les experts écrivent que M. Moïse dirige un réseau d'exportateurs illicites lié à un réseau régional plus vaste opérant dans les eaux des Caraïbes. Par ses activités, il contribue à l'affaiblissement de l'économie haïtienne tout en favorisant les réseaux criminels de contrebande qui sévissent dans la région.

Le Groupe d'experts précise avoir mené son enquête lors de la saison 2024/2025 de pêche aux civelles et avoir mieux compris les détails complexes de ces activités. Comme pour les autres personnalités, une demande de droit de réponse lui a été adressée. Le secteur, conclut l'ONU, continuera d'être vulnérable tant qu'Haïti n'aura pas adhéré à la Convention CITES, un processus aujourd'hui bloqué par l'absence de parlement.

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