Dans son rapport le plus accablant jamais publié sur Haïti, le Groupe d'experts de l'ONU épingle nommément l'ancien sénateur des Nippes (2006-2012 et 2016-2020), Nenel Cassy. Le document, dont Le Placentin a obtenu les pages 52 à 59, détaille point par point comment l'homme politique a apporté son soutien à divers acteurs armés pour promouvoir son programme politique et servir ses intérêts personnels.
Selon les paragraphes 53 et 56 du rapport, M. Cassy contrôle le groupe criminel « BLTS », opérant à Chalon, dans la commune de Miragoâne. Ce gang est spécialisé dans la détention illégale d'armes à feu, les meurtres, les tentatives de meurtre, les enlèvements contre rançon, les viols collectifs, les détournements de camions de marchandises et les vols à main armée. L'ONU l'accuse aussi d'avoir contribué à la création en 2018 du groupe violent Fantôme 509, composé d'individus armés dont des policiers, qui a participé à des troubles à l'ordre public, des incendies volontaires, des actes de vandalisme contre des biens publics et privés ainsi qu'à des meurtres de policiers.
Le rapport va beaucoup plus loin. Au paragraphe 54, les experts affirment que Nenel Cassy et ses complices ont commis une tentative d'enlèvement suivie de l'assassinat d'un diplomate haïtien en février 2021. Au paragraphe 55, il est accusé d'avoir cherché à semer le chaos en planifiant des attaques armées contre les infrastructures aéroportuaires de Port-au-Prince, des Cayes et du Cap-Haïtien. Il aurait organisé de nombreuses réunions qui ont conduit à des attaques visant à déstabiliser Kenscoff, en collusion avec la coalition Viv Ansanm.
La distribution d'armes est au centre du dossier. D'après deux États Membres cités au paragraphe 56, il aurait distribué des armes à des gangs à Gressier en 2018 et dirigé fin 2022 une attaque contre la résidence d'un ancien sénateur avec l'appui du gang Ti-Makak, auquel il aurait aussi fourni des armes. Il aurait par ailleurs soutenu la coalition G-Pèp et le gang Kraze Baryè dirigé par Vitelhomme Innocent.
Le volet financier n'est pas oublié. Au cours de son mandat de sénateur (2016-2020), M. Cassy a usé de son influence pour obtenir la nomination des deux responsables du Bureau de monétisation des programmes d'aide au développement (BMPAD), dont Patrick Noramé. Ce dernier a détourné et blanchi d'importantes sommes d'argent, dont une partie a été illégalement versée à M. Cassy, selon le paragraphe 58.
Cette carrière a conduit à des sanctions internationales en cascade. En mars 2023, le Canada l'a sanctionné pour actes de corruption graves et liens avec des bandes organisées criminelles. En avril 2023, la République Dominicaine lui a interdit l'entrée pour menace à la sécurité nationale. En décembre 2023, les États-Unis l'ont sanctionné pour abus de fonctions publiques ayant porté atteinte à l'intégrité du Gouvernement haïtien, précise le paragraphe 59.
Enfin, le paragraphe 57 jette une lumière crue sur l'impunité. Sa remise en liberté le 19 août 2025, après son arrestation le 2 août 2025 pour complot contre la sûreté de l'État, financement de groupes criminels, tentative de meurtre et association de malfaiteurs, a conduit la société civile à dénoncer l'impunité. Malgré les déclarations officielles annonçant un nouvel examen du dossier, des sources proches de l'enquête ont indiqué que l'affaire avait été classée sans suite. Le Groupe d'experts indique lui avoir adressé une lettre pour répondre, restée sans réponse au moment du rapport.
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