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RAPPORT ONU 2026 : Le plus accablant jamais publié sur le trafic d'armes en Haïti

Pendant la période d'octobre 2025 à juin 2026, les vagues successives de violence armée en Haïti témoignent d'une réalité accablante : les gangs continuent de se procurer illicitement des armes et surtout des munitions avec une grande facilité. C'est le constat sans appel du Groupe d'experts des Nations Unies. Malgré les mesures annoncées par Haïti, la République dominicaine et les USA pour mettre en œuvre l'embargo, celles-ci restent largement insuffisantes. La majorité des réseaux opèrent entre les USA et Haïti, mais le Groupe a reçu des informations indiquant que des acteurs armés continuent aussi de s'approvisionner en République dominicaine, Belladère restant un point particulièrement vulnérable à la frontière terrestre.

Le mode opératoire des trafiquants surprend par son assurance et son absence de sophistication. Leurs opérations se caractérisent par des méthodes rudimentaires : mélange de cannabis détectable aux côtés d'armes à feu, et même présence de documents permettant d'identifier clairement les trafiquants à l'intérieur des cargaisons. La plupart ont acheté les armes sous leur propre nom auprès de détenteurs de licence fédérale américaine. Ce sentiment d'impunité s'explique par un faible risque d'interception, des lacunes dans les mécanismes d'inspection et surtout la complicité de fonctionnaires corrompus des douanes haïtiennes qui facilitent l'acheminement par voies aérienne et maritime.

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Plus inquiétant, l'arsenal des gangs a radicalement évolué depuis octobre 2022. Les armes artisanales sont désormais cantonnées aux zones rurales. Elles ont été remplacées par des fusils semi-automatiques de calibre 5,56 x 45 mm, puis depuis deux ans par des calibres 7,62 x 39 mm et 7,62 x 51 mm, augmentant considérablement la létalité. Les armes les plus recherchées sont actuellement les fusils de calibre .50, qui, bien qu'encore en quantités limitées, sont déjà présents au sein de certains gangs. L'analyse de 1 200 cartouches saisies à Kenscoff, Croix-des-Bouquets, Delmas 2 et Bel-Air le confirme : 59,5% en 5,56 mm, 27% en 7,62x51 mm, 6% en 7,62x39 mm et déjà 2,8% en .50 cal (12,7x99 mm).

Ces munitions proviennent de plus de 30 fabricants répartis dans 20 pays, mais une part importante provient aussi de stocks nationaux détournés, haïtiens et dominicains. Cette militarisation a un prix désormais standardisé sur tout le territoire. Selon les écoutes téléphoniques de 2026, les prix du Bas-Artibonite se sont alignés sur Port-au-Prince : un pistolet 9 mm se vend entre 2 000 et 4 000 dollars, un fusil 5,56 mm entre 5 000 et 8 000 dollars, et une seule cartouche de 5,56 coûte environ 3 dollars.

Le rapport révèle une modernisation numérique du trafic via les applications de messagerie cryptée, qui jouent un rôle central. Elles servent de véritables plateformes de vente gérant des communautés d'acheteurs. En 2025, le Groupe a documenté un groupe intitulé « Marché des armes », géré par une personne disposant d'un numéro enregistré en France, qui proposait des armes d'occasion en prétendant pouvoir livrer partout. Les acheteurs potentiels étaient enregistrés en Haïti et en RD, mais aussi en Guadeloupe, Guyane et Martinique. Saisies par l'ONU, les autorités françaises ont indiqué qu'une enquête était en cours.

L'autre axe majeur est le trafic Haïti-Jamaïque. En juillet 2026, les autorités jamaïcaines ont confirmé que l'échange de drogue contre des armes reste l'une des principales sources d'armes illégales pour les groupes criminels. Une légère baisse a été observée grâce à la pression des services jamaïcains et à l'ouragan Melissa fin 2025 qui a endommagé les cultures de marijuana. Fait grave : 51 armes portant les marques de la Police Nationale d'Haïti ont été saisies à ce jour en Jamaïque, dont trois depuis le précédent rapport, illustrant l'ampleur des détournements de stocks officiels.

Sur l'application de l'embargo, le bilan haïtien est mitigé. Si des cargaisons dissimulées dans des conteneurs en provenance des USA ont été saisies à Cap-Haïtien et Saint-Marc, les suites judiciaires sont inexistantes. Le manque de ressources, la corruption généralisée et l'absence de protection pour les agents entravent les enquêtes. Dans la plupart des cas, les suspects ont été remis en liberté malgré des preuves accablantes sous la pression d'acteurs influents, et aucune poursuite n'a abouti à des inculpations. Dans ce contexte d'impunité totale, l'extradition vers les États-Unis s'est imposée comme l'un des seuls moyens permettant de faire peser des sanctions concrètes sur les trafiquants.

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