Le président de la FIFA, Gianni Infantino, traverse la plus grave crise interne de son règne. Candidat à sa propre réélection en mars 2027 à Rabat, l'Italo-Suisse de 56 ans voit ses plus proches collaborateurs et des figures historiques de l'institution prendre publiquement leurs distances après l'échec retentissant de son projet d'ouverture du Mondial aux investisseurs privés.
Le projet en question, révélé par la presse la semaine dernière, prévoyait la création d'une société commerciale nommée FIFA Forward Enterprise (FFE), destinée à "libérer le potentiel commercial" du football selon les mots d'Infantino. Présenté par surprise, il a provoqué un tollé mondial et a été définitivement retiré dans la nuit de vendredi à samedi sous la pression de l'UEFA, de la CONCACAF et de nombreux acteurs du football.
C'est Arsène Wenger qui a allumé la première mèche en interne. L'ancien entraîneur légendaire d'Arsenal, directeur du développement du football mondial à la FIFA depuis 2019, a déclaré mardi que "la décision de retirer le projet était absolument nécessaire et incontestable". Dans un communiqué, le Français affirme croire "fermement à une Fifa indépendante, qui sert le football avec engagement, transparence, et intégrité" et assure qu'il "n'était pas impliqué dans ce projet dont j'ai appris l'existence dans la presse".
La fronde s'est ensuite propagée au cœur même du pouvoir. Mattias Grafström, secrétaire général de la FIFA et ancien chef de cabinet d'Infantino, a adressé mardi un mail aux salariés, consulté par l'AFP, où il regrette "une série d'événements tristes et condamnables" ayant "heureusement abouti à l'abandon permanent" du projet. Il ajoute : "Les individus, les moments d'instabilité et les épisodes malheureux passent. L'institution, sa mission et sa responsabilité envers le football continuent". Quelques jours plus tôt, son conseiller principal Carlos Cordeiro avait démissionné en s'opposant "catégoriquement" à la FFE.
À l'extérieur, la pression est encore plus forte. La CONCACAF a réclamé une "mise à plat complète" de la gouvernance d'Infantino, tandis que l'UEFA, après avoir menacé de boycotter les Coupes du monde, a annoncé avoir "perdu confiance" en lui. Dans une lettre officielle envoyée vendredi à la FIFA, l'instance européenne annonce "envisager activement d'engager une action en justice" et demande de conserver "tous les documents et informations stockées électroniquement" concernant la FFE.
D'autres dossiers viennent alourdir le bilan d'Infantino. La Coupe du monde des clubs 2025 élargie à 32 équipes, son autre grand projet, provoque la colère des clubs européens qui n'ont toujours pas touché l'argent du mécanisme de solidarité promis. Selon une source dirigeante citée par l'AFP, aucun accord de libération des joueurs n'est prévu pour l'édition 2029 si le statu quo est maintenu à la FIFA. Beaucoup en Europe réclament désormais "un changement structurel" de la gouvernance.
Le coup le plus violent est venu hors d'Europe, du Prince Ali Al Hussein de Jordanie. Ancien adversaire d'Infantino en 2016, il a accusé sur X le président de la FIFA de "chantage", affirmant qu'on lui aurait dit oralement que soutenir Infantino "contribuerait grandement à aider notre fédération". Malgré cette tempête, Infantino reste favori : il est pour l'heure le seul candidat déclaré et ne compte que quatre défections officielles sur 211 fédérations, la Finlande, le Pays de Galles, la Serbie et la Suède.
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