Coup dur pour le système de santé haïtien. La France ne financera plus le projet de reconstruction de l'Hôpital de l'Université d'État d'Haïti (HUEH), communément appelé "l'hôpital général". L'annonce a été faite par l'ambassadeur de France en Haïti, Antoine Michon, à l'occasion d'un déjeuner de presse organisé le jeudi 30 juillet dernier. Une décision qui met un terme à l'un des plus importants projets de coopération française dans le pays.
Selon le diplomate français, ce n'est pas un choix politique mais une contrainte imposée par la réalité du terrain. Le chantier a été interrompu de force en raison de la détérioration de la situation sécuritaire. "Le projet a été interrompu de force parce que l'hôpital a été pris par les gangs en mars 2024. On a été forcé d'abandonner le projet", a déclaré Antoine Michon, avec un ton de regret, devant les journalistes.
En mars 2024, l'HUEH, le plus grand centre hospitalier public du pays, était en effet tombé sous le contrôle de groupes armés, forçant le personnel médical à fuir et mettant fin à tous les travaux. Depuis, l'établissement, symbole de la médecine publique haïtienne, est resté fermé, livré à lui-même dans une zone devenue l'une des plus dangereuses de Port-au-Prince.
La reconstruction de l'HUEH représentait un engagement majeur de la coopération française en faveur du secteur de la santé en Haïti. Le projet devait permettre de doter le pays d'un hôpital moderne, capable de répondre aux besoins de millions d'Haïtiens. Son abandon illustre une nouvelle fois comment l'insécurité anéantit les efforts de développement et prive directement la population de ses droits les plus fondamentaux, dont l'accès aux soins.
Cette annonce de la France tombe comme une douche froide alors que les cris pour la réouverture de l'hôpital ne cessent de se multiplier. Ces derniers mois, médecins, étudiants en médecine, organisations de la société civile et simples citoyens ont organisé plusieurs mobilisations pour dénoncer la fermeture prolongée de l'établissement et attirer l'attention des autorités sur le drame sanitaire qui se joue.
Sans l'Hôpital Général, des milliers de patients pauvres qui ne peuvent pas se payer les cliniques privées se retrouvent sans aucune alternative. Les autres hôpitaux publics, comme La Paix ou Justinien au Cap-Haïtien, sont débordés. La fermeture de l'HUEH a créé un vide immense qui se paie en vies humaines chaque jour.
Avec le retrait de la France, l'avenir de l'HUEH est désormais plus incertain que jamais. Qui va financer sa reconstruction ? Quand pourra-t-il rouvrir ? Aucune réponse pour l'instant. Le cas de l'Hôpital Général devient le symbole parfait de l'effondrement de l'État : même les projets les plus vitaux, soutenus par les plus grands partenaires internationaux, finissent par s'écrouler face à la loi des gangs.
0 Commentaire