La FIFA reconnaît enfin ses erreurs. Dans un communiqué diffusé tard dans la soirée, la direction de l'instance admet que « des erreurs ont été commises après la fuite de la proposition dans les médias ». Le texte précise que « des excuses ont été présentées pour ces erreurs, assorties d’un engagement à veiller à ce qu’elles ne se reproduisent plus ». Une façon de tenter de clore la crise la plus grave depuis l’arrivée de Gianni Infantino.
Le communiqué va plus loin et admet un dysfonctionnement majeur : « Il a été convenu qu’il n’était nullement dans l’intention d’exclure le Conseil de la FIFA et les associations membres du processus et que celui-ci aurait dû être géré différemment ». Mais l’instance se défend aussitôt : « tout ce qui a été fait l’a été dans le strict respect du cadre réglementaire de la FIFA ». Le nom d’Infantino n’est d’ailleurs jamais cité.
Car l’objectif principal de ce communiqué est de sauver le président. Attaqué de toutes parts ces derniers jours, Gianni Infantino a reçu le soutien appuyé de son Conseil : « Les membres du Conseil de direction présents ont réaffirmé leur plein soutien au président de la FIFA, Gianni Infantino, en tant que seul responsable élu par les 211 associations membres ». Une manière de verrouiller son fauteuil.
La FIFA en profite pour muscler son discours et prévenir toute future contestation : « Le projet ayant été abandonné, il est entendu que la FIFA ne tolérera plus aucune atteinte à son intégrité, à sa bonne gouvernance et à son respect des procédures régulières ». L’instance menace même de « prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger et préserver son nom et sa réputation ». De son côté, Infantino tente de recoller les morceaux en réaffirmant « son plein soutien au Secrétaire général Mattias Grafström », alors même que ce dernier avait dénoncé « une série d’événements tristes et condamnables ».
Tout est parti d’une révélation de presse mardi dernier. Gianni Infantino voulait créer, dans le plus grand secret, une société extérieure baptisée FIFA Forward Enterprise (FFE) pour confier la gestion des activités commerciales et des Coupes du monde à des investisseurs privés. Un projet jugé ultra-clivant qui a provoqué une levée de boucliers immédiate. Face à l’opposition de l’UEFA, de la CONCACAF et de nombreux cadres, le projet a été retiré dans la nuit de vendredi à samedi.
Les dégâts sont considérables en interne. Arsène Wenger, directeur du développement du football mondial, a pris ses distances avec le président. Plus grave, Carlos Cordeiro, conseiller principal d’Infantino, a démissionné vendredi en disant s’opposer « catégoriquement » au projet. Sur le plan politique, le Premier ministre canadien Mark Carney a lâché : « Je n’ai certainement aucune confiance en M. Infantino », tandis que son homologue britannique Andy Burnham estime qu’il est « la mauvaise personne pour diriger » la FIFA.
À dix ans de règne, l’Italo-Suisse de 56 ans joue sa survie. Seul candidat déclaré à sa propre succession pour un dernier mandat de quatre ans lors du scrutin prévu en mars 2027 à Rabat, il a besoin d’une majorité des 211 fédérations. Pour l’instant, la Finlande, le pays de Galles, la Serbie et la Suède lui ont officiellement retiré leur soutien. L’UEFA, qui avait brandi la menace d’un boycott des Coupes du monde, dit avoir « perdu confiance ». Le sauvetage de ce soir ne sera peut-être qu’un sursis.
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