40 morts. Ce n'est plus un bilan, c'est un acte d'accusation contre l'État. Le magistrat de Kenscoff l'a confirmé ce matin : l'attaque du 23-24 août à Nan Madeleine et Caille Boucan a fait 40 morts, pas 22. 40 Haïtiens massacrés à 30 minutes du villa d' acceuil pendant que le Gouvernement était en train de choisir les mots de son prochain communiqué.
Ce communiqué, on l'a lu. Le 24 août, le Gouvernement d'Alix Didier Fils-Aimé nous a servi sa soupe habituelle : "profonde compassion", "alerte maximale", "renforts déployés", "Kenscoff ne cédera pas". Mensonges. 24 heures après ce texte pompeux, le bilan double. Aucun renfort n'est arrivé, aucune autorité n'a été rétablie. La seule chose qui a été déployée sans faiblesse et sans délai, c'est la mort.
Il faut dire la vérité : Kenscoff n'a pas été attaquée, elle a été livrée. Livrée par un Gouvernement qui savait. Tout le monde savait que les gangs encerclaient Fermathe, Furcy, Kenscoff depuis janvier. Les habitants ont supplié, les CASEC ont envoyé des lettres, la presse a alerté. Le pouvoir a fait ce qu'il sait faire le mieux : rien. Il a attendu que les gangs finissent le travail pour venir jouer les consolateurs.
Le texte officiel ose écrire : "Aucun groupe armé ne prospérera". C'est faux. Ils prospèrent grâce à vous. Grâce à votre incompétence, à votre corruption, à votre lâcheté. Ils prospèrent parce qu'ils savent qu'après chaque massacre, il n'y aura pas de poursuite, pas de neutralisation, juste un nouveau communiqué avec "La République vaincra". Quelle République ? Celle qui abandonne ses enfants dans les montagnes ?
Ce Gouvernement n'est plus seulement absent, il est devenu dangereux. Dangereux parce qu'il fait croire qu'il agit alors qu'il ne fait que parler. Il endort la population avec des phrases comme "le Gouvernement est debout" pendant que le peuple, lui, est couché dans des fosses communes. 40 morts à Kenscoff, c'est le prix de votre théâtre politique, de vos négociations de postes, de votre refus de déclarer la guerre réelle aux gangs.
Alors non, Monsieur le Premier ministre, Kenscoff ne sera pas abandonnée selon votre communiqué ? Elle l'est déjà. Abandonnée par vos promesses non tenues, par votre alerte maximale qui n'a jamais sonné, par votre autorité qui ne s'est jamais présentée. Le peuple a compris : votre Gouvernement ne protège pas, il compte. Il compte les morts, il compte les jours, il compte ses privilèges. 40 morts aujourd'hui. Le sang de Kenscoff est sur vos mains autant que sur celles des assassins, parce que vous aviez le devoir de l'empêcher et vous avez choisi de l'écrire.
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