Le gouvernement d'Alix Didier Fils-Aimé a encore frappé. Lundi, devant le Conseil de sécurité des Nations unies à New York, sa ministre des Affaires étrangères, Raina Forbin, est venue réciter la fable habituelle : Haïti serait sur la voie du rétablissement, la sécurité reviendrait, les élections seraient pour bientôt.
Un discours déconnecté, indécent, et profondément insultant pour les millions d'Haïtiens qui vivent l'enfer au quotidien. Pendant que Madame la ministre parle de "progrès réels" dans une salle climatisée de Manhattan, qui contrôle Carrefour, Cité Soleil, Martissant, Kenscoff ? Ce ne sont pas les institutions de la République, ce sont les gangs. Pendant qu'elle se félicite du "lancement de l'inscription des électeurs", comment un déplacé de Solino qui dort sous une bâche à Delmas peut-il aller s'inscrire ? Avec quel acte de naissance ? En traversant quelle zone ?
Le gouvernement parle d'élections crédibles, transparentes et inclusives. C'est une farce. On ne peut pas organiser des élections crédibles quand 80% de la capitale est perdue, quand l'État ne peut même pas sécuriser une opération de préenregistrement dans le Nord sans un déploiement militaire, quand les partis politiques eux-mêmes n'osent pas tenir de réunions publiques.
Et le summum de l'hypocrisie : la ministre réclame le déploiement complet de la Force de Répression des Gangs. Autrement dit, elle avoue devant le monde entier ce que le gouvernement refuse d'admettre ici : il est incapable. Incapable d'assurer la sécurité, incapable de protéger, incapable de gouverner sans perfusion étrangère. Après toutes les annonces sur le renforcement de la PNH, on en est encore à mendier des bottes et des casques.
Ce gouvernement n'a ni bilan, ni légitimité, ni boussole. Sa seule stratégie est la communication. On annonce le préenregistrement des électeurs pour faire croire que le processus électoral avance. On envoie une ministre à l'ONU pour faire croire que l'État existe. Mais sur le terrain, rien n'a changé. L'insécurité s'aggrave, la vie chère étouffe, les hôpitaux ferment, les écoles sont transformées en camps.
Le peuple haïtien ne veut plus de discours. Il veut pouvoir rentrer chez lui. Il veut circuler sans payer de rançon. Il veut des dirigeants qui disent la vérité : le pays n'est pas prêt pour des élections, et ce n'est pas avec des communiqués de la Primature que l'on va rétablir la sécurité.
À New York, Raina Forbin a présenté un Haïti imaginaire. Le vrai Haïti, lui, attend toujours un État.
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