La crise haïtienne a franchi un nouveau palier. C'est le constat dressé par les Nations unies lors d'une réunion du Conseil de sécurité tenue ce lundi 20 juillet à New York. De hauts responsables onusiens se sont inquiétés de la mutation des groupes armés, dont l'action ne se limite plus à la conquête de territoires, mais s'étend désormais aux mécanismes essentiels de l'État et de l'économie nationale.
Devant le Conseil, Monica Juma, directrice de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), a souligné que les gangs haïtiens poursuivent une stratégie qui dépasse largement le contrôle des quartiers. Selon elle, ces groupes cherchent aujourd'hui à s'emparer des institutions et des principaux axes économiques dont dépendent les communautés, révélant une transformation profonde de la nature de la crise.
La responsable de l'ONUDC a notamment mis en lumière l'emprise croissante des organisations criminelles sur les circuits essentiels de la vie quotidienne : routes commerciales, voies d'approvisionnement en carburant et en produits de première nécessité, points de passage stratégiques. Autant de leviers qui leur permettent de consolider leur influence et d'accroître leurs revenus à travers le trafic d'armes, de drogue, les enlèvements et la contrebande. Pour l'ONU, cette évolution traduit une tentative progressive de substitution à l'autorité publique.
Cette dynamique est d'autant plus inquiétante qu'elle s'accompagne d'un recrutement massif d'enfants. Carlos Ruiz Massieu, représentant spécial des Nations unies pour Haïti, a alerté sur le fait que jusqu'à un membre de gang sur deux pourrait être un enfant. La pauvreté, les déplacements forcés, l'effondrement du système éducatif et l'absence de perspectives offrent aux gangs un terreau fertile pour enrôler une jeunesse de plus en plus vulnérable.
Malgré ce tableau alarmant, l'ONU estime que les récentes avancées du processus électoral ouvrent une fenêtre pour une sortie de crise. L'organisation prévient toutefois que le temps presse : plus les gangs consolident leur emprise économique, sociale et territoriale, plus le rétablissement durable de l'autorité de l'État deviendra difficile.
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