La Police Nationale d’Haïti a officiellement admis une hausse des enlèvements dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince ces dernières semaines. Face à une « situation préoccupante », l’institution assure que des mesures sont en cours pour tenter d’endiguer un phénomène qui gagne de nouveaux quartiers de la capitale.
Le porte-parole de la PNH, Michel-Ange Louis-Jeune, a détaillé le changement de tactique des groupes armés. Après s’être longtemps concentrés sur plusieurs tronçons de Delmas, les gangs déplacent leurs opérations vers Bourdon et le centre-ville. Cette reconfiguration élargit leur périmètre criminel et touche des zones jusque-là jugées relativement stables, exposant de nouveaux résidents et commerces.
Sur le terrain, la pression monte. Des habitants de Bourdon et du centre-ville rapportent une multiplication des enlèvements, parfois en plein jour. L’angoisse remplace la relative accalmie que ces secteurs connaissaient. Pour beaucoup, le déplacement des gangs traduit leur capacité d’adaptation face aux rares opérations policières et leur volonté de contrôler des axes stratégiques menant au cœur économique et administratif de la capitale.
La PNH dit ne pas rester les bras croisés. Plusieurs dossiers de kidnapping ont déjà été transmis à la justice, a indiqué Michel-Ange Louis-Jeune. Des enquêtes sont ouvertes et ont conduit à l’arrestation de plusieurs suspects. Fait notable : le porte-parole a reconnu que « certains membres des forces de l’ordre » figurent parmi les personnes arrêtées, accusés de complicité avec des réseaux criminels.
Cette infiltration au sein de la police nourrit la colère et la méfiance. La population réclame des « résultats concrets et rapides » et s’interroge sur l’efficacité d’une institution minée de l’intérieur. Les organisations de défense des droits humains demandent des noms, des chiffres et des poursuites exemplaires pour briser l’impunité qui profite aux gangs. Sans assainissement, préviennent-elles, toute opération reste vouée à l’échec.
La direction de la PNH affirme malgré tout rester mobilisée. Des opérations ciblées se poursuivent dans la capitale et ses environs, avec pour but de « démanteler les structures criminelles actives ». L’institution promet des communications régulières sur les avancées et appelle les citoyens à collaborer en signalant les mouvements suspects. Le défi est immense dans une métropole où 80% du territoire échappe déjà au contrôle étatique.
Entre reconnaissance du problème et arrestations internes, la PNH joue sa crédibilité. La reconfiguration des gangs vers Bourdon et le centre-ville teste sa capacité à anticiper et à protéger. Pour les Port-au-Princiens, l’urgence se mesure en nombre d’enlèvements évités. La parole officielle ne suffira pas : seuls les résultats sur le terrain pourront ramener un début de confiance.
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