Le Placentin
<
Flash
news-details
Société

Haiti : les banques de Carrefour servent les gangs de Dimitri Hérard, selon l'ONU

Le Groupe d'experts de l'ONU sur Haïti vient de publier son dernier rapport (S/2025/597), et il est sans appel sur l'effondrement sécuritaire. Au paragraphe 38, les experts documentent comment les gangs de l'alliance Viv Ansanm ont non seulement survécu à l'intensification des opérations dans le centre-ville de Port-au-Prince, mais se sont redéployés vers la périphérie sud-ouest, notamment à Carrefour, où ils ont installé un système de gouvernance parallèle.

L'homme qui fâche : Dimitri Hérard nommé. C'est dans ce contexte que le rapport cite nommément l'ancien responsable de l'USGPN, Dimitri Hérard (HTi.008). Selon le document onusien, «des chefs de gangs et d'autres criminels, dont Dimitri Hérard (HTi.008), continuent d'agir en toute liberté» dans la commune de Carrefour. Le rapport précise que cela se fait malgré l'existence d'un régime de sanctions internationales à son encontre.

news-details

Un système financier criminel à ciel ouvert. Le plus grave, selon l'ONU, c'est le mode opératoire. Les experts affirment que «Les gangs ont eu recours aux agences bancaires situées à Carrefour pour effectuer diverses transactions, notamment le versement de rançons, dans un contexte d'augmentation des enlèvements». Autrement dit, des banques formelles serviraient de guichets pour blanchir l'argent des kidnappings, avec la complicité passive d'un système où Dimitri Hérard et d'autres évoluent sans être inquiétés.

Qui est Dimitri Hérard ? Ancien chef de l'Unité de Sécurité Générale du Palais National sous Jovenel Moïse, Dimitri Hérard est sanctionné par l'ONU, les États-Unis et le Canada pour son implication présumée dans le trafic d'armes et le soutien aux gangs armés. Déjà cité dans plusieurs rapports précédents pour ses liens avec les groupes armés, sa présence active à Carrefour confirme, selon l'ONU, la porosité totale entre anciens appareils sécuritaires de l'État et criminalité organisée.

Une collusion qui sape l'État. Le rapport ne s'arrête pas à Hérard. Au paragraphe 37, il souligne que «certains hommes d'affaires ainsi que des policiers haïtiens en exercice profitent de l'instabilité», en mettant en place des barrages routiers pour générer des revenus illicites. La collusion entre les gangs (Tokyo, Simon Pelé et Ti Bwa cités) et «certains policiers haïtiens - qui leur fournissent des armes et facilitent leurs déplacements - sape les opérations de sécurité, permettant aux chefs de gangs d'échapper à l'arrestation».

Carrefour, capitale du crime impuni. Selon l'annexe 5 du rapport S/2025/597, Carrefour est devenu le laboratoire de cette gouvernance parallèle. L'État y est quasi absent, les points de contrôle illégaux se sont multipliés, et le quotidien de la population est régi par les gangs. Dans le Centre, ce sont les 400 Mawozo et Canaan qui règnent, dans le Nord des agents de la BSAP sous la conduite d'Alex Jean-Pierre participent à la spoliation des terres. Le modèle est national.

Le risque d'une nouvelle génération de gangs. L'ONU alerte enfin sur un autre danger : la prolifération des groupes dits de «légitime défense» et des «Brigadiers de Paix» que les autorités tentent de réglementer. «Nombre de ces membres participent à des activités criminelles, continuent de détenir illégalement des armes et de bénéficier de financements illicites et risquent d'alimenter durablement les cycles de violence en contribuant à l'émergence d'une nouvelle génération de gangs», conclut le paragraphe 40. Une mise en garde qui place le cas Dimitri Hérard non comme une exception, mais comme le symptôme d'un système.

Le Placentin

Partagez cet article



Supporter Le Placentin
author

Le Placentin

Journaliste

Le Placentin.

Laissez un commentaire


0 Commentaire