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Politique

Conférence électorale à Karibe : beaucoup de discours, zéro échéance

Port-au-Prince, 30 mai 2026 – Trois jours de conférence, des discours sur la démocratie, et une promesse : organiser des élections “transparentes, honnêtes et crédibles”. Samedi, à l’hôtel Karibe, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a clôturé la Première Conférence internationale sur le droit et l’administration des opérations électorales. Le Gouvernement réaffirme son engagement. Mais sur le terrain, les Haïtiens attendent toujours une date.

L'éternel recommencement des colloques stériles : Du 28 au 30 mai, le CEP et l’UEH ont rassemblé intellectuels, acteurs de la société civile et bailleurs de fonds pour débattre de « l'avenir de la démocratie ». La mise en scène est bien huilée. Les séances photos sont immortalisées. Les allocutions officielles célèbrent une « mobilisation exceptionnelle ». Or, après une décennie sans le moindre scrutin national et une succession d'exécutifs de transition, le pays ne se laisse plus berner : enchaîner les colloques ne suffit pas à organiser des élections.

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Le président du Conseil Electoral Provisoire (CEP), Jacques Desrosiers, reconnaît implicitement l'urgence d'établir une sécurité adéquate : une condition qui fait pour l'instant défaut. Le Premier ministre l'a d'ailleurs bien compris, plaçant la sécurité devant la relance économique et le scrutin électoral. L'évidence est là : tenir des élections alors que les gangs tiennent la capitale et les grands axes routiers est techniquement impossible.

Les grands absents : calendrier, budget, partis politiques : Le communiqué détaille les participants : CEP, UEH, chercheurs, société civile. Pas un mot sur les partis politiques, acteurs pourtant centraux d’un processus “inclusif”. Rien non plus sur les “partenaires techniques et financiers”. Qui paie ? La BINUH ? L’OEA ? L’UE ? Montant ? Mystère.

Surtout, aucune date, aucun chronogramme ne filtre de cette conférence présentée comme “décisive”. Parler d’élections “crédibles” sans dire quand ni comment, c’est faire de la communication politique, pas de l’administration électorale. À force de réaffirmer son engagement sans poser d’échéance, le Gouvernement prend un risque : celui de lasser une population pour qui “processus de reconstruction nationale” rime avec discours sans effet.

« Refuser de s’engager… » : à qui s’adresse le Premier ministre ? « Refuser de s’engager, c’est laisser les autres décider à notre place », a lancé Alix Didier Fils-Aimé. La formule vise-t-elle les citoyens sceptiques, les partis qui boudent le CEP, ou les acteurs armés qui décident déjà à la place de l’État sur une partie du territoire ? Le communiqué ne le dit pas.

Les promesses de coopération avec le CEP ne sont pas nouvelles. La réussite du gouvernement dépendra de sa capacité à sécuriser les quartiers, financer le matériel électoral et démontrer que le sommet de Karibe est sincère, et non une simple façade médiatique.

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