L'administration publique haïtienne se vide de ses cadres. Entre l'exode vers l'Amérique latine et les départs massifs favorisés par le programme humanitaire américain CHNV (Cuba, Haïti, Nicaragua et Venezuela) de l'administration Biden, des milliers de fonctionnaires, cadres et techniciens qualifiés ont quitté le pays, aggravant la pénurie de compétences au sein de l'État.
Face à cette hémorragie, plusieurs institutions publiques ont recruté de jeunes professionnels qualifiés pour assurer la continuité des services. Si certaines nominations ont été validées, des dizaines d'autres demeurent bloquées au Bureau du Premier ministre, sans aucune suite administrative, malgré l'urgence.
Sur le terrain, la réalité est alarmante. Ces jeunes recrues, dont plusieurs étaient au chômage depuis la fin de leurs études, continuent de travailler au sein des ministères et directions. Certains exercent leurs fonctions depuis plusieurs mois sans percevoir la moindre rémunération, dans l'espoir d'obtenir leur lettre de nomination.
Cette situation illustre les maux persistants de l'administration publique : procédures administratives interminables, pratiques de favoritisme et instabilité institutionnelle chronique. Les arrêtés, amplifications et lettres de nomination tardent à être délivrés, les changements fréquents de ministres et de directeurs généraux ralentissant davantage le traitement des dossiers.
Interrogé par notre rédaction, un agent sélectionné en décembre 2025 affirme attendre sa lettre de nomination depuis février 2026. « Les dossiers ont été approuvés par l'Office de Management et des Ressources Humaines (OMRH). Ils sont au Bureau du Premier ministre depuis le mois de mai, mais ils n'ont toujours pas été signés », témoigne-t-il. Il exerce depuis sans salaire, son institution lui demandant de patienter jusqu'à la signature du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Pourtant, le blocage ne semble pas concerner toutes les institutions. Plusieurs autres entités publiques, notamment le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) et le Ministère de l'Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR), ont vu les dossiers de leurs agents être signés par le chef du gouvernement.
Cette différence de traitement alimente l'incompréhension et l'inquiétude. Les agents dont les dossiers restent en souffrance craignent que la clôture de l'exercice fiscal, prévue le 1er octobre, ne compromette définitivement leur intégration et ne les contraigne à reprendre à zéro des démarches engagées depuis plusieurs mois, plongeant leurs familles dans une précarité financière difficile.
0 Commentaire