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Santé

Haïti : quand l’insécurité ferme les hôpitaux et brise les carrières médicales

La résidence hospitalière, pilier de la formation des médecins spécialistes en Haïti, vit aujourd’hui une crise sans précédent. Depuis la fermeture successive des grands hôpitaux universitaires, le parcours des jeunes médecins est semé d’incertitudes. Si l’insécurité est la cause première de cette dégradation, c’est surtout l’absence de plan de sauvetage national qui accentue les inquiétudes d’une génération en quête d’avenir.

L’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), le plus grand centre hospitalo-universitaire du pays, a cessé de fonctionner après l’attaque armée du 29 février 2024. Avec près de 200 000 patients reçus par an et plus de 500 étudiants en stage, il représentait le cœur battant de la formation médicale. Depuis sa fermeture, les résidents et internes tentent tant bien que mal de poursuivre leur apprentissage entre l’Hôpital universitaire La Paix, déjà débordé, et l’Hôpital universitaire Justinien, qui accueille difficilement les déplacés.

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La fermeture de l’Hôpital universitaire de Mirebalais au printemps 2025 a porté un coup encore plus dur. Cet établissement, reconnu pour l’excellence de ses programmes et salué à l’international, formait des dizaines de spécialistes chaque année. Mais après une série d’attaques armées, la sécurité n’a pas permis de maintenir les activités. L’absence de communication officielle depuis lors illustre la gravité de la situation : un des symboles les plus solides de la médecine en Haïti a été réduit au silence.

Dans ce contexte, certaines spécialités médicales risquent de disparaître. La radiologie, l’anatomopathologie, la neuropsychiatrie, la pneumologie ou encore la neurochirurgie ne disposent plus de centres de formation fonctionnels. Même les programmes encore actifs, comme l’obstétrique-gynécologie à la maternité Isaïe Jeanty ou l’anesthésiologie à l’Hôpital La Paix, survivent au jour le jour dans un climat d’instabilité permanente. Les jeunes médecins, faute de perspectives, choisissent souvent l’exil, aggravant la fuite des compétences.

Cette crise n’est pas seulement un drame pour les étudiants et résidents laissés à la dérive, elle menace directement la santé publique du pays. Sans spécialistes pour prendre la relève, les prochaines années pourraient être marquées par un déficit irréversible dans des domaines essentiels. L’insécurité qui ferme les hôpitaux entraîne ainsi une double fracture : celle des patients privés de soins et celle des médecins privés de formation.

Face à cette urgence, l’Université d’État d’Haïti et le ministère de la Santé publique et de la Population sont appelés à réagir. Même dans un contexte d’instabilité, des solutions transitoires doivent être mises en place pour préserver la formation médicale. Car sans un investissement clair et une volonté politique affirmée, Haïti risque de perdre à la fois ses spécialistes d’aujourd’hui et ceux de demain.

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Yvena ISIDOR

Journaliste

Journaliste, à la fois présentatrice de radio et rédactrice depuis 2021, Professeure de mathématiques avec une formation en génie civil, militante dans le monde culturel comme animatrice de club d'art et de spectacle.

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