Le chef de la junte burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, a voulu couper court aux rumeurs de rivalités au sommet de l'État. « Il n'y a pas deux capitaines dans un bateau », a-t-il martelé la semaine dernière, alors que l'absence prolongée de plusieurs figures influentes du régime alimente les spéculations à Ouagadougou.
Devant les forces vives de Ouahigouya, dans le nord du pays, le 16 juillet, le dirigeant de 38 ans, au pouvoir depuis le coup d'État de septembre 2022, s'est montré agacé : « J'ai entendu beaucoup de bruits dernièrement... C'est vous encore qui partez suivre les pages des apatrides là et vous croyez à ce qu'ils racontent et vous vous affolez ».
Depuis plusieurs semaines, la disparition de la scène publique de certains hauts responsables présentés comme ses principaux lieutenants intrigue. Allié aux juntes du Mali et du Niger face à la poussée djihadiste, le régime burkinabè, qui réprime sévèrement les voix dissidentes, donne des signes de fébrilité au sommet.
Au cœur des interrogations figure le commandant Oumarou Yabré, considéré comme le numéro deux du régime. Patron de l'Agence nationale de renseignement et président du Conseil national de sécurité d'État, cet homme clé de l'appareil sécuritaire n'a plus fait d'apparition publique depuis fin mai. Selon une source sécuritaire, il ne se rend plus à son bureau et la garde de son domicile a été fortement réduite.
Autre fait troublant : il n'a participé ni à la traditionnelle montée des couleurs à la présidence, ni à la cérémonie de remise de galons de général à trois officiers supérieurs au palais. Plusieurs de ses proches auraient été enlevés ou interpellés, dont l'imam et prédicateur musulman Ishaq Kindo, qui avait critiqué un projet de loi encadrant les libertés religieuses.
L'autre absence très remarquée est celle du capitaine Kiswendsida Azaria Farouk Sorgho, considéré comme le numéro 3 du régime. Porte-parole des putschistes du 30 septembre 2022, commandant du BIR 4 basé à Ouagadougou et porte-parole du Korag, chargé de contrôler la « vision stratégique » du régime, il a disparu des radars depuis mi-mai. Son bataillon serait désormais dirigé par son adjoint, tandis que son père, l'ex-ministre Adama Luc Sorgho, aurait été enlevé.
Face à ces interrogations, Ibrahim Traoré a durci le ton : « Il n'y a ni numéro un, ni numéro deux. Il n'y a pas deux capitaines dans un bateau », a-t-il insisté, avant d'avertir : « Tous ceux qui travaillent avec moi connaissent ma ligne de conduite... Et si quelqu'un merde, je vais te mater sans état d'âme. Il n'y a pas d'hommes forts avec moi ».
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