Port-au-Prince, 18 septembre 2025 – La Fondasyon Je Klere (FJKL) a officiellement saisi l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) pour dénoncer un « scandale hideux de détournement de fonds publics et de malversation » présumé au sein de l’Institut de Sauvetage du Patrimoine National (ISPAN).
Le dossier, rendu public ce jeudi, concerne plusieurs personnalités, dont le ministre de la Culture, Patrick Delatour, et le directeur général de l’ISPAN, Jean Patrick Durandis.
Dans une lettre adressée au Directeur Général de l’ULCC, Me Hans Jacques Ludwig Joseph, la FJKL, représentée par sa directrice exécutive Marie Yolène Gilles, réclame « l’urgente intervention » de l’institution afin de mettre fin à ces pratiques et d’engager « les sanctions administratives et pénales qui s’imposent contre les corrompus ».
Selon la FJKL, l’ISPAN a mis sur pied, par l’intermédiaire de son Unité d’Études et de Programmation (UEP), un projet intitulé Aménagement, Restauration et Protection de Sites Patrimoniaux pour l’exercice fiscal 2024-2025. Ce projet, élaboré trois mois avant la fin de l’exercice, prévoit un décaissement de 675 millions de gourdes pour la restauration et la protection de sites historiques comme Fort Jacques, Fort Alexandre, la Maison Anténor Firmin, Fort Saint-Joseph ou encore la prison civile de Jacmel.
La fondation dénonce que, avant même le démarrage des travaux, une partie importante des fonds aurait été détournée sous forme de versements sur des cartes de débit attribuées à plusieurs hauts fonctionnaires, dont le ministre Delatour et le directeur général Durandis, pour des montants allant de 850 000 à 1,6 million de gourdes chacun. « Plus qu’un détournement de fonds publics, c’est du vol », dénonce la FJKL, soulignant le contraste avec la situation des enseignants en grève pour arriérés de salaire ou des policiers privés de primes de risque depuis plusieurs mois.
La fondation s’interroge également sur la pertinence de verser des allocations à des ministres et directeurs administratifs pour un projet exécuté par l’ISPAN, tout en alertant que des primes additionnelles ont déjà été versées à plusieurs des bénéficiaires, avant même l’exécution du projet.
Pour la FJKL, cette situation illustre « des gabegies administratives » que l’ULCC doit prévenir et sanctionner, conformément à sa mission de lutte contre la corruption en Haïti. La société civile et les citoyens attendent désormais la réaction de l’ULCC, dans un contexte où la transparence dans la gestion des fonds publics reste au cœur des préoccupations nationales.
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