Le Placentin
<
news-details
Culture

« Jacmel dans nos rêves » : un thème carnavalesque en décalage avec une ville épuisée

Le Conseil municipal de Jacmel a annoncé, ce vendredi 5 décembre, le thème « Jacmel dans nos rêves » pour le Carnaval 2026, une formule poétique censée mettre en valeur l’âme culturelle et l’imaginaire de cette ville historique.

La mairie décrit un territoire « riche d’histoires, de symboles et de couleurs », guidé par une vision collective. Mais pour les habitants, cette communication sonne comme un discours déconnecté : Jacmel, aujourd’hui, n’existe dans les rêves que de ses dirigeants, tant la réalité quotidienne est marquée par la dégradation, la saleté et un abandon institutionnel criant.

news-details

Symbole du tourisme artistique haïtien, Jacmel a longtemps été considérée comme un modèle de créativité, d’accueil et de vitalité culturelle. Pourtant, la ville perd chaque année un peu plus de son éclat. L’absence quasi totale d’électricité, les rues jonchées de déchets, les infrastructures en ruine et le manque d’entretien systémique ont terni cette perle du Sud-Est.

Pour beaucoup, le thème choisi par la mairie relève presque de l’ironie : Jacmel ne rêve plus, elle survit. Et derrière l’imagerie poétique mise de l’avant, les autorités peinent à répondre à des besoins essentiels.

Les problèmes d’infrastructures rappellent durement l’urgence du moment. Depuis le passage de la tempête Melissa, la route nationale demeure endommagée à Bassin Caïman, ralentissant le transport et isolant des familles entières. Les voies menant à Monchil, Morne Ogé, Lamandou ou La Saline sont devenues des parcours d’obstacles, poussiéreux ou impraticables. En centre-ville, les principaux espaces commerciaux Marché Geffrard, Mache Brézil, Mache Chili ont sombré dans un chaos permanent fait d’eaux stagnantes, d’ordures, de circulation désorganisée et d’embouteillages causés par les camions et les taxis-motos. Les marchés, piliers de la vie économique, sont aujourd’hui des zones de souffrance quotidienne.

L’impact sur les espaces publics est tout aussi alarmant. La plage du boulevard bord de mer, connue sous le nom de Lakou New York, a été violemment frappée par la tempête Melissa, aggravant une érosion déjà avancée. Malgré cela, l’endroit reste l’un des rares lieux de détente accessibles à la population. Face à cette accumulation de problèmes, les Jacméliens attendent de leurs autorités non pas un slogan carnaval-esque mais un plan d’action concret : réparation des routes, collecte régulière des déchets, assainissement des marchés et réhabilitation des espaces côtiers. Tant que ces priorités ne seront pas prises en compte, Jacmel continuera de rêver dans les discours et de souffrir dans la réalité.

Le Placentin

Partagez cet article



Supporter Le Placentin
author

Jean Rony Poito PETIT FRERE

Journaliste

Journaliste-rédacteur & professeur de sciences sociales. Passionné de la rédaction.

Laissez un commentaire


0 Commentaire