Plus de 900 000 articles, principalement des munitions, ont été détournés des stocks de la police dominicaine. Une partie a été transférée vers Haïti, selon les informations recueillies par les experts de l'ONU, qui précisent que la quantité exacte reste difficile à estimer. C'est la révélation choc du rapport final de septembre 2026 du Groupe d'experts de l'ONU sur Haïti.
L'enquête a démarré en 2024, après un fait divers à Mirebalais. Le Groupe d'experts documente des détournements de munitions provenant des réserves dominicaines et leur présence chez des groupes armés haïtiens. Son rapport revient sur une enquête engagée en 2024, après la saisie de 5 000 cartouches de calibre 5,56 × 45 mm auprès d'acteurs non étatiques à Mirebalais, dans le département du Centre. Une piste qui a mené les experts directement à Saint-Domingue.
Alertées par l'ONU, les autorités dominicaines ont réagi. Les experts avaient transmis l'information aux autorités dominicaines, qui ont inventorié les stocks de leur police et arrêté plusieurs agents. Cet inventaire, réalisé en octobre 2024 et décrit dans un précédent rapport du Groupe, avait révélé le détournement massif de 908 001 articles, en majorité des munitions. Un scandale au cœur même de l'appareil sécuritaire dominicain.
Le détail de l'arsenal détourné donne le vertige. Les articles comprenaient notamment plus de 489 000 cartouches de 9 mm, 230 000 de 5,56 × 45 mm, 26 000 de 7,62 × 39 mm et 93 000 cartouches de calibre 12. Des calibres de guerre, peu utilisés sur le marché civil dominicain. Des spécialistes dominicains de la sécurité ont d'ailleurs expliqué aux experts que le marché local des munitions de 5,56 et de 7,62 était très limité. Ces deux calibres étant largement utilisés par les gangs haïtiens, ils estimaient probable que la majeure partie ait été transférée vers Haïti.
Les preuves sur le terrain ne manquent pas. Lors d'inspections de saisies à Port-au-Prince en 2026, le Groupe a constaté que des munitions compatibles avec celles détournées des stocks de la police dominicaine étaient utilisées par le gang 400 Mawozo et plusieurs gangs de Bel-Air. Un lien direct entre les dépôts dominicains et les rues de la capitale haïtienne.
Le rapport va plus loin et pointe des complicités internes. Des sources sécuritaires consultées des deux côtés de la frontière ont indiqué que des membres de la police et des forces armées dominicaines participaient à des détournements, notamment par des ventes dans les zones frontalières permettant l'acheminement vers Haïti. Le Groupe a aussi identifié des munitions marquées « ERD », pour l'armée dominicaine, fabriquées par Indumil en Colombie dans le cadre de contrats de 2022. En décembre 2025, un sous-lieutenant dominicain a même été arrêté avec un Haïtien transportant 1 516 cartouches à moto à San Juan de la Maguana.
Toutefois, les experts appellent à la prudence. Ces constatations et les accusations rapportées par le Groupe ne constituent pas des condamnations judiciaires. Le rapport ne permet pas non plus d'attribuer à 400 Mawozo l'ensemble des 908 001 articles détournés : ce chiffre concerne les pertes identifiées dans les stocks de la police dominicaine, et non un décompte des munitions reçues ou utilisées par ce seul gang. Les poursuites sont toujours en cours côté dominicain.
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