Dans une lettre ouverte adressée au Groupe d'Experts des Nations Unies sur Haïti ce 7 octobre 2026, avec copie aux membres du Conseil de Sécurité, l'ancien Sénateur et Président du Sénat Youri Latortue conteste formellement les allégations du Rapport du 8 septembre 2026. Il dénonce deux passages qui l'associent, une fois de plus, aux gangs Kokorat San Ras et Raboteau, qu'il qualifie d'allégations sans preuves, tirées de rapports précédents, auxquelles il dit avoir répondu formellement à cinq reprises, sans que la correction promise par le Groupe n'ait été apportée.
L'ancien élu de l'Artibonite rejette les accusations dans leur totalité et apporte sa version des faits. Pour rappel, Raboteau, loin d'être une zone de non-droit, constitue le poumon économique des Gonaïves. Quant aux individus de Kokorat San Ras, il affirme ne les avoir jamais connus, soulignant qu'ils faisaient partie d'une cohorte de jeunes délinquants chassés des Gonaïves en 2019 pour vols par les habitants et réfugiés dans le Département de l'Artibonite où ils sont devenus des bandits aguerris par l'absence de l'État.
Youri Latortue remet en cause la source même de l'accusation reprise dans le rapport de 2026 : un enregistrement diffusé sur les réseaux sociaux dans lequel un chef de Kokorat San Ras, accusé par les opérations de sécurité menées contre son groupe, prend la parole sur son téléphone WhatsApp pour l'intimider. Selon lui, le chef de gang se présente avec colère comme le fondateur de son groupe armé afin de l'associer à ses méfaits. Ce que le rapport ne dit pas, c'est que dans son message, le chef de gang le menace de représailles s'il continue à participer au démantèlement de son équipe.
L'ancien sénateur met en avant son combat actuel contre les gangs. Il rappelle les dernières opérations contre ce groupe armé, qu'il a annoncées sur les ondes le 18 mai 2026 pour mobiliser la population aux côtés de la police, qui ont porté leurs fruits grâce aux efforts conjugués de la police, de la task force et de citoyens de bonne volonté. Il tient à remercier le Premier ministre Didier Fils-Aimé, le seul à ne pas avoir systématiquement bloqué ses démarches visant à renforcer la résistance contre les gangs expansionnistes dans l'Artibonite.
Pour Youri Latortue, le Groupe d'Experts tombe dans le piège de la propagande des gangs. Au lieu de voir cette coopération servir de modèle, le Groupe a retenu les propos manipulateurs d'un chef de gang en colère, érigés en parole d'évangile alors qu'ils ne constituent que des éreintables verbales. Pire, en accordant la caution d'un rapport des Nations Unies, les experts transforment un acte de propagande et de guerre psychologique en un fait quasiment établi. C'est précisément ainsi que les gangs communiquent aujourd'hui : par des enregistrements audio et des vidéos pour discréditer ceux qui leur résistent.
L'homme politique dénonce les conséquences judiciaires et politiques de telles méthodes. Lorsque de telles accusations, dans un contexte hautement politique, le conduisent devant la justice de son pays, il s'est présenté à chaque fois et est sorti, à trois reprises, hors des liens de l'inculpation, au terme d'une procédure qui a duré six ans, durant lesquels il n'a pu, même en tant que simple citoyen, servir son département. Un rapport fondé sur des rumeurs et des déclarations intéressées ne nuit pas seulement à un individu, il fausse la lecture de la situation et compromet les décisions que la communauté internationale et les Haïtiens doivent prendre pour sortir de la crise.
Il conclut en défendant son bilan et en lançant un appel à la rigueur. Mon dossier est public. Le peuple de l'Artibonite m'a élu sénateur à deux reprises, chaque fois dès le premier tour. Durant mes deux mandats au Sénat, j'ai fait œuvre utile, à visage découvert et devant les caméras. Je n'ai jamais soutenu, armé ni financé aucun gang. Sans contester le mandat du Groupe d'experts ni la nécessité de sanctionner ceux qui financent la violence en Haïti, il exige que ces rapports reposent sur des éléments vérifiés et individualisés, ou sur des décisions de justice définitives, et non sur la parole de gangs qui ont intérêt à calomnier ceux qui les combattent.
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