C'est une condamnation qui marque l'histoire de la Silicon Valley. Jeudi 7 août, un tribunal du Nouveau-Mexique a porté à 942 millions de dollars la facture totale imposée à Meta pour avoir mis en danger des mineurs. Le juge Bryan Biedscheid a ordonné le versement de 567 millions de dollars supplémentaires, qui s'ajoutent aux 375 millions de dollars de dommages et intérêts déjà infligés en mars par un jury de Santa Fe.
Pour la première fois aux États-Unis, un juge a qualifié l'activité d'un réseau social de "nuisance publique" et de "trouble à l'ordre public". Le magistrat estime que les conséquences des plateformes Facebook et Instagram dépassent largement le cadre numérique pour frapper directement les familles, les écoles et la société entière. C'est le procureur général Raul Torrez qui avait lancé la procédure en 2023.
L'accusation repose sur une enquête d'infiltration accablante. Des agents de l'État ont créé de faux profils d'enfants de 13 et 14 ans sur Instagram et Facebook. En quelques heures, ils ont été exposés à des sollicitations sexuelles d'adultes, à des contenus pornographiques et à des prédateurs. L'État accuse Meta d'avoir sciemment trompé les parents en affirmant que ses applications étaient sûres, tout en cachant des documents internes qui reconnaissaient les dangers.
Au-delà des prédateurs, ce sont les algorithmes de recommandation qui sont jugés coupables. La justice reproche à Meta d'avoir conçu ses plateformes pour maximiser l'addiction des jeunes : défilement infini, lecture automatique des vidéos, course aux "likes" et notifications nocturnes. Des mécanismes qui, selon la plainte, favorisent la dépression, l'anxiété et l'automutilation chez les adolescents.
Le tribunal ne s'est pas contenté de sanctionner financièrement. Il a imposé à Meta des changements concrets pendant cinq ans pour les comptes des mineurs du Nouveau-Mexique : interdiction pour un adulte inconnu d'envoyer un message à un mineur, suppression de l'affichage du nombre de "likes" pour les moins de 18 ans, coupure des notifications la nuit et limitation de l'utilisation à trois heures par jour. Des mesures qui ne s'appliquent pas à WhatsApp.
Meta, maison mère de Facebook, Instagram, WhatsApp et Threads, conteste fermement la décision. "Nous sommes en désaccord avec cette décision et nous ferons appel", a réagi un porte-parole auprès de l'AFP, se disant "confiant dans le bilan du groupe en matière de protection des adolescents en ligne". L'entreprise affirme investir massivement dans des outils de sécurité et de vérification de l'âge. Les mesures imposées seront gelées pendant la procédure d'appel si Meta verse une caution.
Cette double condamnation est un tournant. Le Nouveau-Mexique est le premier État à avoir obtenu une victoire, mais 41 autres États poursuivent Meta pour les mêmes motifs. La décision intervient une semaine après une autre condamnation à Los Angeles, où Meta et YouTube ont dû verser 6 millions de dollars à une jeune femme devenue dépendante aux réseaux sociaux dès l'âge de 6 ans. Le message envoyé à la tech est clair : aucune entreprise n'est au-dessus des lois sur la protection de l'enfance.
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