L’Observatoire National de Lutte Contre la Corruption (ONLCC) a publié ce 7 juillet 2026 une lettre ouverte adressée à Goethie Varnelle Morency, nouvellement installée à la Direction générale de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC). Signée par son Directeur Exécutif Ricardo Fleuridor, la missive salue une nomination historique tout en dressant un état des lieux sans détour des obstacles qui attendent la première femme à diriger l’institution.
Dès l’entame, l’ONLCC souligne la portée symbolique de cette nomination. Passée par l’Inspection Générale des Finances (IGF), Goethie Varnelle Morency hérite d’une institution au cœur de la gouvernance publique haïtienne. Mais son arrivée s’accompagne déjà de “controverses alimentées par des rumeurs autour de origines”, note la lettre. L’Observatoire dénonce un “doute injustifié sur légitimité” et rappelle que le débat devrait porter sur les compétences, non sur des considérations identitaires.
Le second défi est structurel. Depuis décembre 2025, un décret du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) sur la Haute Cour de Justice a, selon l’ONLCC, rendu l’ULCC “quasiment inopérante”. Ce texte aurait réduit des pouvoirs jugés “déjà insuffisants” par l’organisation. L’ULCC se retrouve donc affaiblie au moment même où la nouvelle Directrice prend ses fonctions, dans un contexte où la corruption reste un frein majeur au développement du pays.
Face à cette situation, l’ONLCC réitère l’un de ses combats de longue date : l’indépendance de l’ULCC. L’organisation plaide pour une ligne budgétaire propre, des mandats clairs à chaque nouvelle direction, et des garanties structurelles empêchant les ingérences. Sans ces réformes, prévient la lettre, toute volonté de changement restera limitée par le cadre institutionnel actuel.
Au-delà des moyens, l’ONLCC appelle à un “leadership éclairé et responsable”. Pour Ricardo Fleuridor, l’engagement personnel de la Directrice ne suffira pas. Il faudra mobiliser la société civile et les organismes anti-corruption pour définir leur rôle aux côtés de l’ULCC. L’enjeu est d’élargir la mission de l’Unité : elle ne doit pas se contenter d’enquêter sur les fonctionnaires, mais aussi “porter une politique de valorisation et d’encadrement” de celles et ceux qui dénoncent les gabegies administratives partout dans le pays.
La lettre se clôt sur des vœux de réussite. L’ONLCC affirme espérer que Goethie Varnelle Morency sera “à la hauteur de cette tâche, qui ne sera pas facile”, et qu’elle parviendra à redynamiser une institution jugée “indispensable dans la lutte contre le favoritisme et les abus de pouvoir”. L’organisation se positionne ainsi à la fois comme vigie et comme partenaire potentiel.
Cette prise de parole publique place d’emblée la nouvelle DG face à une double attente : résister aux attaques sur sa personne et engager une réforme profonde de l’ULCC. Reste à voir comment Goethie Varnelle Morency répondra à cet appel, et si le CPT ouvrira la voie aux garanties d’indépendance réclamées par l’ONLCC.
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