Les camps de déplacés de Port-au-Prince se transforment en foyers de violences sexuelles. Dans ces espaces de survie, la promiscuité et l’insécurité exposent particulièrement les enfants, de plus en plus ciblés par des agresseurs qui laissent derrière eux un cortège de traumatismes et d’infections au VIH.
En août dernier, une mère a confié à AyiboPost que sa fille de 11 ans avait été agressée dans le camp « Kid » à Bourdon. L’enfant, qui souffrait de saignements, de douleurs et de fièvre, a révélé les faits trois jours plus tard. Les examens médicaux ont confirmé le viol et une infection au VIH. Ce drame, loin d’être isolé, illustre le sort de nombreuses mineures piégées dans ces conditions précaires.
Depuis mai 2025, le Comité central couloir humanitaire de Solino a recensé une dizaine de cas de viols sur mineurs dans plusieurs camps, dont ceux de Bois-Verna, de l’OPC, du Kid et de Fusion. Selon son coordinateur, Genson Jean-Baptiste, ces signalements laissent entrevoir l’existence d’un réseau pédophile opérant en toute impunité au cœur même des sites de refuge.
Les données de Solidarité Fanm Ayisyèn (SOFA) confirment l’ampleur de cette crise. Entre janvier et juin 2025, 503 cas de violences faites aux femmes ont été enregistrés dans le pays, dont 287 à Port-au-Prince. Une hausse de 83 % par rapport à l’année précédente, qui révèle une aggravation brutale des abus. Derrière ces chiffres, des victimes souvent réduites au silence par la peur des représailles.
En août, une autre fillette de 11 ans a dénoncé son violeur au camp de l’École nationale de la République de Colombie, à Bourdon. Sa mère affirme que l’enfant vivait sous la menace constante d’hommes du camp. Comme d’autres familles, elles se disent prisonnières de la misère et incapables de quitter un lieu où agressions sexuelles, violences conjugales et exploitation se banalisent.
Ces révélations, mises en lumière par AyiboPost, appellent une réaction immédiate. Le viol d’enfants, la propagation du VIH et la terreur imposée dans les camps de fortune ne peuvent rester impunis. Les autorités haïtiennes ont l’obligation d’agir sans délai pour protéger les déplacés, éradiquer la promiscuité et mettre un terme à ces abus. Ne pas intervenir reviendrait à condamner les plus vulnérables et à hypothéquer l’avenir du pays.
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