Port-au-Prince, 2 octobre 2025 — L’organisation humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF) tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme face à la gravité de la crise haïtienne.
Dans un rapport couvrant la période de janvier à juin 2025, l’ONG fait état d’un afflux massif de patients victimes de violences armées et sexuelles, soulignant que les civils, en particulier les enfants et les femmes, paient le plus lourd tribut au conflit.
Au cours de ces six mois, 13 300 personnes ont été admises aux urgences, 2 600 survivantes de violences sexuelles ont reçu une assistance médicale, et 2 267 patients ont été soignés pour des blessures traumatiques liées aux violences. Fait particulièrement inquiétant : 26 % de ces blessés étaient des mineurs, contre 11 % l’année précédente. La majorité d’entre eux avaient moins de 15 ans, dont un tiers de filles, et 30 % portaient des blessures par balles. « Ces chiffres montrent la détérioration dramatique de la situation », a affirmé Mumuza Muhindo Musubaho, chef de mission de MSF en Haïti. « Les civils, notamment les femmes et les enfants, doivent cesser d’être pris pour cibles dans ce conflit. »
Hôpitaux débordés, accès aux soins compromis : La capitale haïtienne vit un effondrement sans précédent de son système de santé : entre 60 et 80 % des structures de Port-au-Prince sont fermées ou inopérantes, selon MSF. Cela oblige les habitants à parcourir de longues distances, au péril de leur vie, pour trouver un centre médical encore fonctionnel. Près de deux Haïtiens sur cinq auraient aujourd’hui un besoin urgent de soins.
L’attaque de drone menée le 20 septembre à Cité Soleil illustre la gravité du contexte. Dix-sept blessés avaient été admis à l’hôpital MSF de Drouillard ce jour-là, dont plusieurs femmes et enfants qui n’ont pas survécu. « Les frappes, les pillages, les incendies et l’usage croissant des violences sexuelles comme arme de domination détruisent le tissu social », déplore MSF.
Des civils pris au piège : Pour l’ONG, les Haïtiens sont désormais piégés entre les affrontements des groupes armés et les forces de sécurité, tandis que les drones explosifs s’ajoutent à la liste des menaces. La peur est telle que près d’un patient sur cinq suivi dans le cadre des cliniques mobiles de MSF affirme éviter de quitter son quartier ou de prendre les transports en commun pour aller consulter.
Face à l’ampleur de la crise, MSF exhorte la communauté internationale et les parties prenantes au conflit à respecter le droit humanitaire et à garantir la protection des civils.
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