À l'issue d'une mission interaméricaine à Port-au-Prince, le Secrétaire général de l'OEA, Albert Ramdin, a présenté jeudi son rapport au Conseil permanent. Pour lui, « la sécurité et les élections sont les deux priorités les plus immédiates et interconnectées d'Haïti, et le rythme des progrès sur les deux doit être accéléré ». La délégation a rencontré le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et les responsables de la sécurité et de la justice.
Sur le plan sécuritaire, le constat est alarmant. Le SG décrit une situation « aiguë » avec 80 à 90% de Port-au-Prince contrôlé par les gangs, une progression dans les régions, et une hausse des enlèvements selon la PNH. L'attaque meurtrière de Kenscoff est un « rappel brutal de la gravité de la crise ». Le bilan humanitaire est lourd : 1,5 million de déplacés, 6,4 millions de personnes ayant besoin d'aide et 5,8 millions en insécurité alimentaire aiguë en 2026.
Face à cela, Ramdin juge « essentielle » une force capable de reprendre les territoires et créer les conditions des élections. Il fixe quatre objectifs immédiats : réduire le contrôle des gangs, sécuriser les accès à l'aéroport international, garantir l'accès durable à l'aéroport et au port, et rétablir des corridors sécurisés vers le nord et le sud. Il exhorte les États membres ayant promis des effectifs et des moyens pour la Force de suppression des gangs (GSF) à tenir leurs engagements et plaide pour le renouvellement de son mandat à l'ONU.
Au-delà de l'urgence, il insiste sur la reconstruction durable de l'architecture sécuritaire haïtienne. « La reconstruction de la PNH doit placer les policiers haïtiens au centre de nos actions collectives », a-t-il affirmé, appelant à une police professionnelle soutenue par une justice efficace. Il annonce une mission dès la semaine prochaine pour renforcer la planification opérationnelle et un projet avec l'OPS pour créer des centres de traumatologie pour policiers blessés.
Sur le plan électoral, le scrutin est maintenu au 13 décembre. Si Ramdin salue les efforts du CEP, de l'ONI et du gouvernement, il estime qu'une accélération est urgente. Il pointe une lourdeur bureaucratique : avoir une CIN valide ne suffit pas, il faut aussi une inscription électorale distincte. « Cela crée une couche supplémentaire de bureaucratie, mais aussi des délais supplémentaires ». Or, environ un million de cartes d'identification restent à produire et à distribuer.
Pour combler ce déficit, il annonce un accord signé en Haïti entre l'OEA et le Japon : 3 millions de dollars pour 350.000 cartes biométriques, des unités mobiles d'enregistrement et une meilleure coordination ONI-CEP. « Mais comme vous le constatez, un million fait encore défaut. Nous n'avons que 350.000 cartes », reconnaît-il. L'OEA déploie déjà cinq experts pour finaliser le logiciel d'enregistrement des candidats et prépare une mission d'observation électorale, invitée officiellement par Haïti, en lien avec la Commission de Venise pour l'éligibilité des candidats.
Enfin, Ramdin plaide pour le long terme. Avec la participation de l'ONU, la BID, la Banque mondiale et la CAF, il annonce l'adhésion d'Haïti à la Banque de développement de l'Amérique latine (CAF), ouvrant l'accès à 168 millions de dollars, et un accord avec l'ONG Viva Rio et le Canada pour les jeunes et les femmes. « Les investissements dans l'éducation, l'emploi et l'inclusion sociale sont les seuls moyens de consolider les acquis dans le domaine de la sécurité », conclut-il.
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