L’enlisement de la guerre au Moyen-Orient rend de moins en moins probable un véritable accord à court terme, en raison des positions trop éloignées des dirigeants américains, iraniens et israéliens.
L’accord évoqué par Washington depuis quelques semaines ne semble pas sur le point d’aboutir, estime Sébastien Boussois, chercheur du monde arabe et directeur de l’Institut géopolitique européen. « Fondamentalement les revendications ou les desiderata des uns et des autres sont toujours les mêmes et sont quand même globalement inconciliables. Évidemment qu’on peut fort douter que l’accord soit signé », a-t-il déclaré en entrevue à LCN, dimanche. « Ce qui est inquiétant, c’est que plus ça traîne, plus les uns et les autres ont la capacité potentielle à se réarmer, surtout l’Iran, reconstituer les stocks pour pouvoir se préparer en cas de nouvelle de nouvelle guerre », a ajouté l’expert.
Les États-Unis parlent désormais davantage de la question du nucléaire et moins du blocage du détroit d’Ormuz, ce qui risque de retarder une éventuelle entente. « Je crois qu’il va y avoir encore un long chemin avant de faire plier l’Iran. La question c’est : quels pourraient être les arguments dans la balance pour faire plier la République islamique qui considère le nucléaire comme son assurance vie numéro un ? » s’interroge M. Boussois.
L’offensive israélienne contre le Hezbollah au Liban démontre que Jérusalem ne semble pas aussi pressé que Washington à mettre fin au conflit au Moyen-Orient. « On voit à quel point les stratégies sont divergentes entre les Américains et les Israéliens, ce qui complexifie le dossier. Si Trump est prêt à négocier, Israël ne veut rien négocier », clame le directeur de l’Institut géopolitique européen.
« Plus le temps repasse, plus c’est extrêmement compliqué d’arriver à finaliser des choses entre les Iraniens et les Américains seulement. Israël n’est même pas à la table des négociations depuis toutes ces semaines. Imaginez intégrer une partie tierce, qui veut la destruction de la République islamique, et la République islamique, qui veut la destruction de l’État hébreu. Honnêtement, c’est vraiment un dossier plus explosif », résume Sébastien Boussois. « Je ne vois pas bien comment on va arriver à la fin à raccommoder l’ensemble des dossiers et des sous-dossiers avec des partis qui veulent rajouter tellement de choses totalement différentes », ajoute-t-il.
Selon l’expert, les États-Unis et Israël n’ont jamais véritablement eu la même vision quant à la durée du conflit avec l’Iran. « Je pense que Trump s’est laissé biberonner et bercer d’illusions par monsieur Nétanyahou [...] Je pense que le président américain a vraiment cru qu’il pourrait faire s’effondrer la République islamique et que Benyamin Netanyahou, lui a sûrement vendu cette surcapacité militaire, mais ça n’a pas fonctionné », argumente-t-il.
L’approche des élections américaines de mi-mandat semble inciter le président américain conclure une entente rapidement, alors que les intérêts politiques de Benyamin Nétanyahou sont carrément à l’opposé. «[Il] sait très bien que plus il dure dans la guerre, plus il y a une forme d’unité nationale, d’union sacrée de la part des Israéliens. Et tant qu’on vend le combat contre le Hezbollah, contre le Hamas et contre l’Iran, Nétanyahou a encore un certain nombre de personnes derrière lui », estime M. Boussois.
0 Commentaire